Le pèlerinage, un phénomène de civilisation
La tradition du pèlerinage est un phénomène de civilisation. De tout temps, l’homme en
quête d’un sens à sa vie, à son origine a cherché dans l’univers, dans le monde qui
l’entoure une explication pouvant répondre à ses interrogations profondes. Commun à
toutes les religions, il vient s’inscrire dans l’évolution de nos sociétés comme un rituel
nécessaire à l’expression de sa religiosité.
Aux quatre coins de la planète, les individus
se sont mis à marcher vers les lieux dits “saints”, sacrés” effectuant un parcours
spécifique, alliant effort physique, recueillement, prière et introspection. D’Orient en
Occident, les lieux saints bénéficient d’un aura incommensurable, indescriptible de
l’ordre du divin faisant déplacer les foules.
Ces déplacements auront, durant des siècles, façonné l’histoire, la géographie et ses
paysages, développé les échanges économiques, culturels, artistiques. Ils auront
favorisé le dialogue entre les peuples et nourrit des visions politiques.
A notre époque,
ils se perpétuent et par leur impact, contribuent à la construction d’une société qui nous
ressemble. Au fil du temps, l’acte de pérégriner trouvera des dimensions nouvelles, au
delà de la “foi pure”, laissant apparaître de nouvelles approches spirituelles tournées vers
la notion de développement personnel, culturelles, sportives avec la considération du
défi, du dépassement de soi et d’autres aspects encore que nous aurons l’occasion
d’aborder. Par ailleurs, outre la tradition que l’on peut qualifier de “pratique humaine”,
coexiste l’itinéraire parcouru. Plus qu’un espace physique concret, identifié, il devient un
“chemin” presque métaphysique, parfois personnifié, un lieu de vie et d’expression, sans
lequel l’acte de pérégriner perdrait un de ses fondements.
Compostelle, entre tradition et modernité
En Europe, les chemins de pèlerinage accueillent aujourd'hui des centaines de
milliers de pèlerins et de marcheurs. Ils sont fréquentés par des Européens de tous
âges, de toutes religions, voire agnostiques. Ils y trouvent un espace de dévotion, de
méditation, tout comme un espace de développement personnel. On y pratique un
tourisme sportif, à pied, à cheval ou en vélo. C'est un faisceau de routes qui ont
constitué le maillage des réseaux de communications actuels, reliant imaginaire et
réalité sociale, ainsi qu'un élément structurant l’aménagement du territoire qui permet la
revitalisation de petites localités, la relance d’un tourisme alternatif et la création
d'emplois. Itinéraire concret, les chemins rassemblent de nombreux hommes et
femmes, partageant une expérience commune. Il y a ceux qui marchent, découvrent,
venus du monde entier et parcourant à pied ou autre moyen ces tracés millénaires ou
plus récents; ceux qui s’organisent, offrent des produits touristiques, structurent une
chaîne d’accueil et d’information afin d’aider les marcheurs et les visiteurs dans leur
périple.

Aulnay-de-Saintonge
Les chemins de St Jacques ont été déclarés « 1er Itinéraire Culturel Européen »
en 1987 puis « Grand itinéraire Culturel du Conseil de l’Europe » en 2004. Itinéraire de
« civilisation », ils ont été choisis en qualité de patrimoine unique et exceptionnel,
artistique, architectural, musical, littéraire, ethnographique et imaginaire, autant
d’éléments constitutifs de l’identité européenne. Il permet au citoyen d’appréhender ses
racines, de s’inscrire dans une mémoire collective, de développer un sentiment
d’appartenance et d’être un acteur à part entière de la construction européenne. La
Déclaration faite à Saint-Jacques de Compostelle en octobre 2007 au Puy en Velay,
20 après, rappelé l’enjeu de ces chemins, la nécessité de continuer à les préserver tout
en les développant. Ceci en prenant en compte les changements sociaux, culturels et
politiques survenus depuis qui ont ouvert de nouvelles perspectives et nécessite une
relecture.
Aulnay-de-Saintonge
Les éléments structurants des Chemins de Saint Jacques aujourd'hui
Les fondamentaux
Les chemins de St Jacques de Compostelle s’inscrivent dans une réalité, une
époque. Leur organisation, les personnes les parcourant sont le témoignage d’une
évolution indéniable, c’est un phénomène de civilisation. Nous ne pouvons pas voir les
chemins d’aujourd’hui comme ceux d’hier car cela signifierait ne pas comprendre leur
sens ni être capable de répondre au défi qu’ils posent en terme de religion, philosophie,
de sociologie, ethnologie, géographie, d’éthique. Leur reconnaissance en qualité
d’Itinéraire Culturel en font aujourd’hui un véritable espace « neutre » où peuvent
cohabiter toutes les valeurs humaines qu’elles soient issues de la religion (toutes les fois
y sont exprimées), de la philosophie (le sens de la vie, la considération du monde, etc.),
de la géographie (les paysages, le développement durable, la responsabilité sociétale),
de l’ethnologie (on retrouve de nos jours une représentation mondiale des populations),
de l’éthique (solidarité, fraternité, partage), psychanalyse (la réalisation de soi,
l’affirmation de son identité, etc.) et d’autres domaines qu’il resterait à analyser. Et c’est
ce qui les rend d’autant plus riches et extraordinaire dans cette capacité d’être au
XXIème siècle un vecteur de « brassage universel ». Sur les chemins de St Jacques,
c’est « le monde » qui s’y reflète.
Le pèlerin
:
Qu’il soit pèlerin, marcheur, randonneur, l’important se situe dans l’acte de
« marcher » et de se déplacer. Sa motivation est diverse (pratique d’une religion,
expression d’une foi, quête spirituelle plus large, démarche initiatique, défi sportif, attrait
culturel, désir d’aventure et de rencontres, approche touristique simple, etc.).
L’hébergement
:
Il existe plusieurs types d’hébergements qui dépendent de la chaîne
d’accueil des associations, de l’Eglise, des particuliers ou des infrastructures
touristiques et hôtelières (en familles d’accueil, des gîtes collectifs d’associations, des
gîtes privés, des chambres d’hôtes et d’hôtels, des pensions). Les hébergements
peuvent être classés en deux catégories essentielles : les accueils « touristiques et les
accueils à vocation « hospitalière ». Dans cette dernière, on distingue deux volets :
« l’hospitalité chrétienne » qui est l’expression d’une religion au travers d’un acte de
charité et « l’hospitalité dite sociale » qui cultive cette valeur dans un sens éthique et
universel sans considération religieuse.
Les deux répondent à des besoins réels et
doivent satisfaire ensemble l’accueil de tous les marcheurs.
On mettra en avant une particularité française en développement : la chaîne d’accueil
en famille qui obéit à un fonctionnement propre et régit par une charte. Cette chaîne peu
à peu se met en place dans toute la France (Voie d’Arles, Voie de Tours en particulier,
En Alsace, en Champagne Ardenne).
Les hospitaliers
:
Ce sont des volontaires en charge de la gestion des gîtes associatifs
et accueil des marcheurs. On qualifie de même les religieux. C’est l’acte qui est qualifié
et non l’appartenance religieuse.
Les familles d’accueils
:
Ce sont des familles qui se structurent entre elles pour
proposer une chaîne d’accueil des marcheurs au long des voies jacquaires. Les
marcheurs peuvent ainsi être logés et nourris d’étape en étape par des familles qui les
reçoivent chez elles et offre une vie de famille ponctuelle.
La crédenciale :
Passeport ou carnet du pèlerin, il est nécessaire pour témoigner de son
parcours et faciliter son hébergement tout au long des chemins. Il est demandé dans les
gîtes et différents accueils à la disposition des marcheurs. En France, il existe
également « la crédanciale » qui est exclusivement délivré par l’Eglise.
Le chemin
:
On peut faire émerger de ce nom plusieurs dimensions. Tout d’abord, on y
perçoit le chemin, sentier physique que l’on parcourt. Et en continuité, il a une notion de
« mesure ». On peut également mettre en relief le chemin plus « initiatique », démarche
intérieure en liaison avec les centaines de km parcourus.
L’itinéraire culturel
:
La notion d’itinéraire englobe la vision paysagère, géographique
du chemin, patrimoniale et met en évidence l’aspect de la culture au sens large (lié aux
populations, aux arts, au patrimoine matériel et immatériel, etc). Elle est un socle pour le
développement du tourisme qu’il convient ici de qualifier « d’éthique » en considération
du fondement des chemins de St Jacques et des valeurs fortes qui les représentent.
Le patrimoine matériel et immatériel
:
Patrimoine bâti et patrimoine intangible
cohabitent. Nous les avons à plusieurs reprises évoqués.
Le Puy-en-Velay
Tourisme et pèlerinage
:
Nous avons ici la problématique d’un phénomène de
civilisation dont l’élément central, dans notre cas les Chemins de St Jacques, ont un
fondement religieux. Ce phénomène aux multiples facettes s’inscrit dans une période
donnée et par conséquent dans une organisation de société spécifique. Son évolution
actuelle est symbolisée à la fois par :
- l’évolution des termes qui les qualifient « Chemins de St Jacques » et « Itinéraire
Culturel »
l’ouverture universelle qui se dessine avec la prédominance de l’expression d’une
spiritualité sans dogme (d’une tradition religieuse, expression d’une foi
catholique, nous trouvons une forte tendance à une quête spirituelle personnelle,
intime, non plus l’expression d’une religion affichée).
sa dimension culturelle affirmée (mention Patrimoine de l’Humanité et Grand
Itinéraire du Conseil de l’Europe) générant le développement du tourisme.
la volonté de l’Eglise de renforcer les pèlerinages et de préserver le sens chrétien
des chemins et de les développer dans cette perspective.
La dimension paysagère
:
Les chemins de St Jacques représentent un patrimoine
européen naturel de grande ampleur et riche par sa diversité. Il convient de les
préserver et d’éduquer à leur sauvegarde. D’un autre point de vue, l’entretien des
chemins et balisage homogène est indispensable pour un accès facile d’accès des
marcheurs
Les valeurs intrinsèques
:
Fraternité et tolérance (respect et partage avec tous les
marcheurs (il y a l’idée de « nous sommes tous égaux face aux difficultés »), solidarité
(entraide face aux vicissitudes de la marche), hospitalité (capacité d’accueil,
d’acceptation de « l’autre » quelle que soit leur origine et statut social)
Tourisme et pèlerinage :
l’hospitalité comme espace de dialogue et de
transmission de valeurs
Le tourisme contribue de façon significative à la prospérité d’un pays ou d’une
région. Il favorise la reconnaissance de son patrimoine naturel, culturel, immatériel,
forgeant ainsi « une » identité, celle du territoire qui en constitue l’écrin. Il est prévu que
dans les cinquante prochaines années, son essor soit exponentiel avec un rôle
prépondérant dans les échanges économiques internationaux, une composante
incontournable du développement économique et social. De masse, et il en existe de
nombreux exemple de part le monde, il peut mettre en péril de grands sites.
Face au
danger évident de dégradation dû à la sur fréquentation, à la « perte d’âme» possible
dans l’appréhension du patrimoine, perçu comme un « objet de consommation », s’est
révélée la volonté de mettre en place de nouvelles pratiques touristiques.
Dans ce contexte, un tourisme « intelligent » est né, lié à la fois à l’implication des
acteurs en faveur de la préservation du patrimoine quelle que soit sa forme et l’évolution
des besoins du public.
Concilier découverte de « l’autre » au travers des richesses du
territoire, d’apprendre et comprendre une histoire, d’inscrire la démarche touristique
dans une démarche de connaissance, authentique, a très certainement donné un élan
nouveau aux pratiques. Les destinations exotiques et le tourisme de plage ont quant à
eux souffert de plusieurs facteurs : crise économiques, danger de conflits, banalisation
des offres touristiques avec une uniformisation des lieux d’accueil ayant entraîné à la
longue un désintérêt pour ce type de pratique. Aussi on relèvera les changements des
habitudes consommatrices induits par la réduction du budget familial consacré aux
loisirs et l’augmentation du temps libre, favorisant les séjours courts et de proximité.
Les nouveaux modes de tourismes engendrent de nouvelles approches
stratégiques. L’évolution de nos sociétés, de loisirs, de haute technologies et avancées
scientifiques, de recherche d’authenticité et appartenance identitaire, ont vu naître et
croître de nouvelles pratiques touristiques. On relève en particulier les formes suivantes,
à fort potentiel de croissance et qui, face à l’enjeu environnemental désormais
d’actualité, demanderont la mise en place de nouveaux outils et savoir faire à caractère
collectif qui s’exercent au bénéfice de la filière tourisme (commerce en ligne, information
touristique et patrimoniale, mutualisation du contenu Internet, webcams en réseau,
regroupement des opérateurs du tourisme, NTIC mis au service de la promotion
touristique internationale) et intègrent de façon significative le respect de
l’environnement et des paysages.
Tourisme culturel et patrimonial / Dimension culture et identité Européenne / Label
Patrimoine d’Europe et programme spécifique que Conseil de l’Europe « les Itinéraires
Culturels »
Tourisme vert et durable / Enjeu environnemental et développement durable/ Liaison
des besoins d’authenticité, nature et santé
Le tourisme « éthique » / Dimension dans laquelle s’inscrivent les actions de
développement touristique liée à une éthique pour une exploitation cohérente et
intelligente des ressources en respect de l’homme et son environnement.
Europa Compostela. De Trondheim à Compostelle
Le e-tourisme et e-commerce / La place des nouvelles technologies dans les
habitudes touristiques /
Le numérique, support de la nouvelle donne de production et
diffusion de l’information touristique
Dans ce panorama et au sein de la nouvelle problématique qui se dessine du fait
des changements des modes de pratiques touristiques et de la stratégie mise en œuvre
pour la préservation du patrimoine sous toutes ses formes, le tourisme culturel tient
une place exceptionnelle. Il semble également être l’espace de tous les dangers. Son
développement se caractérise par l’organisation des acteurs du tourisme, aux profils
divers qui pour autant participent tous à l’offre. Ainsi on retrouve des associations, des
professionnels du tourisme, des responsables publics, des élus, dont les objectifs et
visions ne sont pas toujours concordants et homogènes.
Par ailleurs, deux axes sont à mettre en relief accentuant les contradictions sur le
terrain : d’une part la mise en oeuvre du tourisme culturel en elle-même qui doit
s’inscrire dans une stratégie globale dans le respect des politiques menées en sa faveur
au niveau national et européen, et d’autre part l’aspect économique pur des parts de
marchés importants qu’il représente, ouvrant la perspective d’une possible
instrumentalisation de la culture au détriment des valeurs sociales et humaines qui lui
sont intrinsèques. Il est donc question dans sa structuration de prendre conscience des
dangers que le tourisme culturel et son développement comporte afin de mettre en
place des stratégies pertinentes et respectueuses à la fois des conventions et autres
chartes protégeant le patrimoine et faits culturels ainsi que des habitants et acteurs
locaux, les « visités », qui doivent pouvoir prendre une part active à l’élaboration de
l’offre. Ceci afin d’éviter toute « folklorisation » et pouvoir mettre en valeur au travers des
actions prévues l’identité du territoire et ses habitants, leur histoire. Il conviendra aussi
d’éviter de générer des divergences évidentes avec des règles qui tentent de poser un
équilibre, en favorisant des offres de loisirs élitistes, coûteuses et qui restent parfois
figées face à la mouvance et exigence des demandes.
Lorsqu’on considère les Chemins de St Jacques aujourd’hui et son immense
patrimoine, on ne peut plus lui porter un regard exclusif et analyser uniquement le
phénomène religieux traduit par la pratique du pèlerinage, comme expression pure
d’une foi chrétienne. Le regard actuel est « polyforme » et représentatif de l’évolution de
notre société avec l’introduction de pratiques plus axées sur la quête du « soi » au
travers de la marche et d’une expression personnelle. Ceci sans négliger que le
pèlerinage existe bel et bien, que nombre de marcheurs parcourant les chemins, en
France et ailleurs, témoigne de leur attachement au rite religieux. Ce qui importe est de
voir comment concilier les deux aspects qui surgissent, la pratique du tourisme et celle
de la marche avec l’appréhension des espaces dits « sacrés », du patrimoine religieux
et de ce fondement chrétien des chemins, omniprésent. Une nécessité qui se fait
pressante face au succès retentissant des Chemins dont la fréquentation va croissante,
phénomène à la mode.
Une valeur semble se détacher qui pourrait représenter un espace de dialogue
possible, de création, de transmission de valeurs et de mise en place d’une pratique
touristique « éthique ». Il s’agit de « l’hospitalité ». L’hospitalité, c’est une expérience,
une aventure humaine qui nous relie les uns aux autres ; une fraternité qui permet
d’ouvrir son cœur et d’accueillir son prochain sans jugement, avec confiance. Et dans
notre société actuelle, devant affronter de nombreux troubles, centrée sur le
matérialisme et l’urgence de sauvegarde environnementale, l’Hospitalité peut apparaître
« déplacée », de ce fait, elle en devient une véritable « cause » que l’on se doit de
défendre, préserver, raviver.
Les Chemins de St Jacques se caractérisent par cette Hospitalité symbolisée par
toutes ces personnes, qui un jour, ont décidé de se mettre à la disposition d’autres
marcheurs et pèlerins, de faire en sorte que le pèlerinage ou voyage qu’ils
entreprennent se passent dans les meilleurs conditions, offrant gîte et couvert, conseils
et soutien.
Accueillir c’est aussi recevoir. Un grand penseur, Khalil Gibran, parlait de la
générosité comme une action volontaire et reconnaissante de recevoir. « L’hospitalier »
donc n’existe que par celui qui est « accueilli », et ce lien unique, précieux, se vaut de
tout commentaire ou analyse.
L’organisation de l‘Hospitalité à proprement dite, sur le terrain, sa structuration
concrète, les acteurs qui en sont responsables, et les défis qui se présentent à eux
doivent être pris en compte et appuyés. Il est possible de favoriser la tourisme tout en
préservant l’esprit des chemins mais très certainement par une approche innovante qui
commence à se de valorisation de l’Hospitalité et de promotion d’un tourisme « éthique
et responsable».
La France, pays de passage et de départ des marcheurs et pèlerins
tient une place unique dans la réalité des chemins. La fréquentation de chemins qui la
traverse augmente peu à peu ce qui met en relief le manque d’infrastructures pour
accueillir mais également l’enjeu de l’organisation de l’accueil « hospitalier » face au
développement du tourisme. Si l’on regarde le cas espagnol, on note que la
fréquentation sur les chemins atteint un paroxysme et l’organisation d’accueil intègre la
notion du tourisme avec ses applications notamment dans la communication (publicité,
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sites Internet, sponsorisations, organisations de pèlerinage sous formes de « voyage
organisé », etc.).
Ne peut-on pas craindre que l’esprit qui caractérise ces chemins
millénaires se perde ou se corrompe par cette volonté de profiter de la manne financière
que le développement touristique des chemins offre ?
Pour la France qui en est aux prémices, la question des choix à faire se
concrétise. Que voulons-nous ? Comment voyons nous le développement des
chemins ? Face au développement du tourisme, un enjeu de taille se pose pour les
associations jacquaires. Quel rôle doivent tenir les associations de terrain responsable
de l’accueil et gardienne de l’esprit hospitalier ? Quelle est la stratégie de
développement du tourisme culturel menée par les opérateurs touristiques ? Quel
partenariat possible entre association et opérateur en faveur de la préservation de
l’esprit des chemins ? C’est ce défi qui nous attend tous.
A terme, un tourisme non maîtrisé portera préjudice non seulement à cette valeur
intrinsèque aux chemins mais aux chemins eux-mêmes et à leur esprit. Nous ne
pouvons pas sacrifier au titre des importantes ressources financières qu’il génère ce
patrimoine cet itinéraire unique et précieux qu’il est important de préserver pour les
générations futures. Les chemins de St Jacques ne sont pas un itinéraire comme les
autres… Ils sont un lieu préservé où se cultive les valeurs humaines, un espace comme
suspendu dans le temps, vivant depuis plus d’un millénaire. Nous nous devons de
réfléchir à la transmission de cet héritage à nos enfants.