mercredi 23 septembre 2026

Maria Guerra. Dialogue générationnel et transmission des valeurs et du patrimoine immatériel. Les itinéraires de pèlerinage, un laboratoire européen à ciel ouvert. Forum de Delphes. 17 et 18 avril 2010.






Le pèlerinage, un phénomène de civilisation 

La tradition du pèlerinage est un phénomène de civilisation. De tout temps, l’homme en quête d’un sens à sa vie, à son origine a cherché dans l’univers, dans le monde qui l’entoure une explication pouvant répondre à ses interrogations profondes. Commun à toutes les religions, il vient s’inscrire dans l’évolution de nos sociétés comme un rituel nécessaire à l’expression de sa religiosité. 

Aux quatre coins de la planète, les individus se sont mis à marcher vers les lieux dits “saints”, sacrés” effectuant un parcours spécifique, alliant effort physique, recueillement, prière et introspection. D’Orient en Occident, les lieux saints bénéficient d’un aura incommensurable, indescriptible de l’ordre du divin faisant déplacer les foules. Ces déplacements auront, durant des siècles, façonné l’histoire, la géographie et ses paysages, développé les échanges économiques, culturels, artistiques. Ils auront favorisé le dialogue entre les peuples et nourrit des visions politiques. 

A notre époque, ils se perpétuent et par leur impact, contribuent à la construction d’une société qui nous ressemble. Au fil du temps, l’acte de pérégriner trouvera des dimensions nouvelles, au delà de la “foi pure”, laissant apparaître de nouvelles approches spirituelles tournées vers la notion de développement personnel, culturelles, sportives avec la considération du défi, du dépassement de soi et d’autres aspects encore que nous aurons l’occasion d’aborder. Par ailleurs, outre la tradition que l’on peut qualifier de “pratique humaine”, coexiste l’itinéraire parcouru. Plus qu’un espace physique concret, identifié, il devient un “chemin” presque métaphysique, parfois personnifié, un lieu de vie et d’expression, sans lequel l’acte de pérégriner perdrait un de ses fondements. 

Compostelle, entre tradition et modernité 

En Europe, les chemins de pèlerinage accueillent aujourd'hui des centaines de milliers de pèlerins et de marcheurs. Ils sont fréquentés par des Européens de tous âges, de toutes religions, voire agnostiques. Ils y trouvent un espace de dévotion, de méditation, tout comme un espace de développement personnel. On y pratique un tourisme sportif, à pied, à cheval ou en vélo. C'est un faisceau de routes qui ont constitué le maillage des réseaux de communications actuels, reliant imaginaire et réalité sociale, ainsi qu'un élément structurant l’aménagement du territoire qui permet la revitalisation de petites localités, la relance d’un tourisme alternatif et la création d'emplois. Itinéraire concret, les chemins rassemblent de nombreux hommes et femmes, partageant une expérience commune. Il y a ceux qui marchent, découvrent, venus du monde entier et parcourant à pied ou autre moyen ces tracés millénaires ou plus récents; ceux qui s’organisent, offrent des produits touristiques, structurent une chaîne d’accueil et d’information afin d’aider les marcheurs et les visiteurs dans leur périple. 



Aulnay-de-Saintonge

Les chemins de St Jacques ont été déclarés « 1er Itinéraire Culturel Européen » en 1987 puis « Grand itinéraire Culturel du Conseil de l’Europe » en 2004. Itinéraire de « civilisation », ils ont été choisis en qualité de patrimoine unique et exceptionnel, artistique, architectural, musical, littéraire, ethnographique et imaginaire, autant d’éléments constitutifs de l’identité européenne. Il permet au citoyen d’appréhender ses racines, de s’inscrire dans une mémoire collective, de développer un sentiment d’appartenance et d’être un acteur à part entière de la construction européenne. La Déclaration faite à Saint-Jacques de Compostelle en octobre 2007 au Puy en Velay, 20 après, rappelé l’enjeu de ces chemins, la nécessité de continuer à les préserver tout en les développant. Ceci en prenant en compte les changements sociaux, culturels et politiques survenus depuis qui ont ouvert de nouvelles perspectives et nécessite une relecture. 



Aulnay-de-Saintonge


Les éléments structurants des Chemins de Saint Jacques aujourd'hui

Les fondamentaux 

Les chemins de St Jacques de Compostelle s’inscrivent dans une réalité, une époque. Leur organisation, les personnes les parcourant sont le témoignage d’une évolution indéniable, c’est un phénomène de civilisation. Nous ne pouvons pas voir les chemins d’aujourd’hui comme ceux d’hier car cela signifierait ne pas comprendre leur sens ni être capable de répondre au défi qu’ils posent en terme de religion, philosophie, de sociologie, ethnologie, géographie, d’éthique. Leur reconnaissance en qualité d’Itinéraire Culturel en font aujourd’hui un véritable espace « neutre » où peuvent cohabiter toutes les valeurs humaines qu’elles soient issues de la religion (toutes les fois y sont exprimées), de la philosophie (le sens de la vie, la considération du monde, etc.), de la géographie (les paysages, le développement durable, la responsabilité sociétale), de l’ethnologie (on retrouve de nos jours une représentation mondiale des populations), de l’éthique (solidarité, fraternité, partage), psychanalyse (la réalisation de soi, l’affirmation de son identité, etc.) et d’autres domaines qu’il resterait à analyser. Et c’est ce qui les rend d’autant plus riches et extraordinaire dans cette capacité d’être au XXIème siècle un vecteur de « brassage universel ». Sur les chemins de St Jacques, c’est « le monde » qui s’y reflète. 

Le pèlerin

Qu’il soit pèlerin, marcheur, randonneur, l’important se situe dans l’acte de « marcher » et de se déplacer. Sa motivation est diverse (pratique d’une religion, expression d’une foi, quête spirituelle plus large, démarche initiatique, défi sportif, attrait culturel, désir d’aventure et de rencontres, approche touristique simple, etc.). 

L’hébergement

 Il existe plusieurs types d’hébergements qui dépendent de la chaîne d’accueil des associations, de l’Eglise, des particuliers ou des infrastructures touristiques et hôtelières (en familles d’accueil, des gîtes collectifs d’associations, des gîtes privés, des chambres d’hôtes et d’hôtels, des pensions). Les hébergements peuvent être classés en deux catégories essentielles : les accueils « touristiques et les accueils à vocation « hospitalière ». Dans cette dernière, on distingue deux volets : « l’hospitalité chrétienne » qui est l’expression d’une religion au travers d’un acte de charité et « l’hospitalité dite sociale » qui cultive cette valeur dans un sens éthique et universel sans considération religieuse. 

Les deux répondent à des besoins réels et doivent satisfaire ensemble l’accueil de tous les marcheurs. On mettra en avant une particularité française en développement : la chaîne d’accueil en famille qui obéit à un fonctionnement propre et régit par une charte. Cette chaîne peu à peu se met en place dans toute la France (Voie d’Arles, Voie de Tours en particulier, En Alsace, en Champagne Ardenne). 

Les hospitaliers

Ce sont des volontaires en charge de la gestion des gîtes associatifs et accueil des marcheurs. On qualifie de même les religieux. C’est l’acte qui est qualifié et non l’appartenance religieuse. Les familles d’accueils : Ce sont des familles qui se structurent entre elles pour proposer une chaîne d’accueil des marcheurs au long des voies jacquaires. Les marcheurs peuvent ainsi être logés et nourris d’étape en étape par des familles qui les reçoivent chez elles et offre une vie de famille ponctuelle. 

La crédenciale  : 

Passeport ou carnet du pèlerin, il est nécessaire pour témoigner de son parcours et faciliter son hébergement tout au long des chemins. Il est demandé dans les gîtes et différents accueils à la disposition des marcheurs. En France, il existe également « la crédanciale » qui est exclusivement délivré par l’Eglise. 

Le chemin

On peut faire émerger de ce nom plusieurs dimensions. Tout d’abord, on y perçoit le chemin, sentier physique que l’on parcourt. Et en continuité, il a une notion de « mesure ». On peut également mettre en relief le chemin plus « initiatique », démarche intérieure en liaison avec les centaines de km parcourus. 

L’itinéraire culturel

La notion d’itinéraire englobe la vision paysagère, géographique du chemin, patrimoniale et met en évidence l’aspect de la culture au sens large (lié aux populations, aux arts, au patrimoine matériel et immatériel, etc). Elle est un socle pour le développement du tourisme qu’il convient ici de qualifier « d’éthique » en considération du fondement des chemins de St Jacques et des valeurs fortes qui les représentent. Le patrimoine matériel et immatériel : Patrimoine bâti et patrimoine intangible cohabitent. Nous les avons à plusieurs reprises évoqués. 



Le Puy-en-Velay


Tourisme et pèlerinage

Nous avons ici la problématique d’un phénomène de civilisation dont l’élément central, dans notre cas les Chemins de St Jacques, ont un fondement religieux. Ce phénomène aux multiples facettes s’inscrit dans une période donnée et par conséquent dans une organisation de société spécifique. Son évolution actuelle est symbolisée à la fois par : 

- l’évolution des termes qui les qualifient « Chemins de St Jacques » et « Itinéraire Culturel » l’ouverture universelle qui se dessine avec la prédominance de l’expression d’une spiritualité sans dogme (d’une tradition religieuse, expression d’une foi catholique, nous trouvons une forte tendance à une quête spirituelle personnelle, intime, non plus l’expression d’une religion affichée). sa dimension culturelle affirmée (mention Patrimoine de l’Humanité et Grand Itinéraire du Conseil de l’Europe) générant le développement du tourisme. la volonté de l’Eglise de renforcer les pèlerinages et de préserver le sens chrétien des chemins et de les développer dans cette perspective. 

La dimension paysagère

Les chemins de St Jacques représentent un patrimoine européen naturel de grande ampleur et riche par sa diversité. Il convient de les préserver et d’éduquer à leur sauvegarde. D’un autre point de vue, l’entretien des chemins et balisage homogène est indispensable pour un accès facile d’accès des marcheurs 




Les valeurs intrinsèques

Fraternité et tolérance (respect et partage avec tous les marcheurs (il y a l’idée de « nous sommes tous égaux face aux difficultés »), solidarité (entraide face aux vicissitudes de la marche), hospitalité (capacité d’accueil, d’acceptation de « l’autre » quelle que soit leur origine et statut social) 

Tourisme et pèlerinage

l’hospitalité comme espace de dialogue et de transmission de valeurs Le tourisme contribue de façon significative à la prospérité d’un pays ou d’une région. Il favorise la reconnaissance de son patrimoine naturel, culturel, immatériel, forgeant ainsi « une » identité, celle du territoire qui en constitue l’écrin. Il est prévu que dans les cinquante prochaines années, son essor soit exponentiel avec un rôle prépondérant dans les échanges économiques internationaux, une composante incontournable du développement économique et social. De masse, et il en existe de nombreux exemple de part le monde, il peut mettre en péril de grands sites. 

Face au danger évident de dégradation dû à la sur fréquentation, à la « perte d’âme» possible dans l’appréhension du patrimoine, perçu comme un « objet de consommation », s’est révélée la volonté de mettre en place de nouvelles pratiques touristiques. Dans ce contexte, un tourisme « intelligent » est né, lié à la fois à l’implication des acteurs en faveur de la préservation du patrimoine quelle que soit sa forme et l’évolution des besoins du public. 

Concilier découverte de « l’autre » au travers des richesses du territoire, d’apprendre et comprendre une histoire, d’inscrire la démarche touristique dans une démarche de connaissance, authentique, a très certainement donné un élan nouveau aux pratiques. Les destinations exotiques et le tourisme de plage ont quant à eux souffert de plusieurs facteurs : crise économiques, danger de conflits, banalisation des offres touristiques avec une uniformisation des lieux d’accueil ayant entraîné à la longue un désintérêt pour ce type de pratique. Aussi on relèvera les changements des habitudes consommatrices induits par la réduction du budget familial consacré aux loisirs et l’augmentation du temps libre, favorisant les séjours courts et de proximité. 

Les nouveaux modes de tourismes engendrent de nouvelles approches stratégiques. L’évolution de nos sociétés, de loisirs, de haute technologies et avancées scientifiques, de recherche d’authenticité et appartenance identitaire, ont vu naître et croître de nouvelles pratiques touristiques. On relève en particulier les formes suivantes, à fort potentiel de croissance et qui, face à l’enjeu environnemental désormais d’actualité, demanderont la mise en place de nouveaux outils et savoir faire à caractère collectif qui s’exercent au bénéfice de la filière tourisme (commerce en ligne, information touristique et patrimoniale, mutualisation du contenu Internet, webcams en réseau, regroupement des opérateurs du tourisme, NTIC mis au service de la promotion touristique internationale) et intègrent de façon significative le respect de l’environnement et des paysages. 

Tourisme culturel et patrimonial / Dimension culture et identité Européenne / Label Patrimoine d’Europe et programme spécifique que Conseil de l’Europe « les Itinéraires Culturels » Tourisme vert et durable / Enjeu environnemental et développement durable/ Liaison des besoins d’authenticité, nature et santé Le tourisme « éthique » / Dimension dans laquelle s’inscrivent les actions de développement touristique liée à une éthique pour une exploitation cohérente et intelligente des ressources en respect de l’homme et son environnement. 



Europa Compostela. De Trondheim à Compostelle


Le e-tourisme et e-commerce / La place des nouvelles technologies dans les habitudes touristiques / 

Le numérique, support de la nouvelle donne de production et diffusion de l’information touristique Dans ce panorama et au sein de la nouvelle problématique qui se dessine du fait des changements des modes de pratiques touristiques et de la stratégie mise en œuvre pour la préservation du patrimoine sous toutes ses formes, le tourisme culturel tient une place exceptionnelle. Il semble également être l’espace de tous les dangers. Son développement se caractérise par l’organisation des acteurs du tourisme, aux profils divers qui pour autant participent tous à l’offre. Ainsi on retrouve des associations, des professionnels du tourisme, des responsables publics, des élus, dont les objectifs et visions ne sont pas toujours concordants et homogènes. 

Par ailleurs, deux axes sont à mettre en relief accentuant les contradictions sur le terrain : d’une part la mise en oeuvre du tourisme culturel en elle-même qui doit s’inscrire dans une stratégie globale dans le respect des politiques menées en sa faveur au niveau national et européen, et d’autre part l’aspect économique pur des parts de marchés importants qu’il représente, ouvrant la perspective d’une possible instrumentalisation de la culture au détriment des valeurs sociales et humaines qui lui sont intrinsèques. Il est donc question dans sa structuration de prendre conscience des dangers que le tourisme culturel et son développement comporte afin de mettre en place des stratégies pertinentes et respectueuses à la fois des conventions et autres chartes protégeant le patrimoine et faits culturels ainsi que des habitants et acteurs locaux, les « visités », qui doivent pouvoir prendre une part active à l’élaboration de l’offre. Ceci afin d’éviter toute « folklorisation » et pouvoir mettre en valeur au travers des actions prévues l’identité du territoire et ses habitants, leur histoire. Il conviendra aussi d’éviter de générer des divergences évidentes avec des règles qui tentent de poser un équilibre, en favorisant des offres de loisirs élitistes, coûteuses et qui restent parfois figées face à la mouvance et exigence des demandes. 

Lorsqu’on considère les Chemins de St Jacques aujourd’hui et son immense patrimoine, on ne peut plus lui porter un regard exclusif et analyser uniquement le phénomène religieux traduit par la pratique du pèlerinage, comme expression pure d’une foi chrétienne. Le regard actuel est « polyforme » et représentatif de l’évolution de notre société avec l’introduction de pratiques plus axées sur la quête du « soi » au travers de la marche et d’une expression personnelle. Ceci sans négliger que le pèlerinage existe bel et bien, que nombre de marcheurs parcourant les chemins, en France et ailleurs, témoigne de leur attachement au rite religieux. Ce qui importe est de voir comment concilier les deux aspects qui surgissent, la pratique du tourisme et celle de la marche avec l’appréhension des espaces dits « sacrés », du patrimoine religieux et de ce fondement chrétien des chemins, omniprésent. Une nécessité qui se fait pressante face au succès retentissant des Chemins dont la fréquentation va croissante, phénomène à la mode. 

Une valeur semble se détacher qui pourrait représenter un espace de dialogue possible, de création, de transmission de valeurs et de mise en place d’une pratique touristique « éthique ». Il s’agit de « l’hospitalité ». L’hospitalité, c’est une expérience, une aventure humaine qui nous relie les uns aux autres ; une fraternité qui permet d’ouvrir son cœur et d’accueillir son prochain sans jugement, avec confiance. Et dans notre société actuelle, devant affronter de nombreux troubles, centrée sur le matérialisme et l’urgence de sauvegarde environnementale, l’Hospitalité peut apparaître « déplacée », de ce fait, elle en devient une véritable « cause » que l’on se doit de défendre, préserver, raviver. 

Les Chemins de St Jacques se caractérisent par cette Hospitalité symbolisée par toutes ces personnes, qui un jour, ont décidé de se mettre à la disposition d’autres marcheurs et pèlerins, de faire en sorte que le pèlerinage ou voyage qu’ils entreprennent se passent dans les meilleurs conditions, offrant gîte et couvert, conseils et soutien. 

Accueillir c’est aussi recevoir. Un grand penseur, Khalil Gibran, parlait de la générosité comme une action volontaire et reconnaissante de recevoir. « L’hospitalier » donc n’existe que par celui qui est « accueilli », et ce lien unique, précieux, se vaut de tout commentaire ou analyse. L’organisation de l‘Hospitalité à proprement dite, sur le terrain, sa structuration concrète, les acteurs qui en sont responsables, et les défis qui se présentent à eux doivent être pris en compte et appuyés. Il est possible de favoriser la tourisme tout en préservant l’esprit des chemins mais très certainement par une approche innovante qui commence à se de valorisation de l’Hospitalité et de promotion d’un tourisme « éthique et responsable». 

La France, pays de passage et de départ des marcheurs et pèlerins tient une place unique dans la réalité des chemins. La fréquentation de chemins qui la traverse augmente peu à peu ce qui met en relief le manque d’infrastructures pour accueillir mais également l’enjeu de l’organisation de l’accueil « hospitalier » face au développement du tourisme. Si l’on regarde le cas espagnol, on note que la fréquentation sur les chemins atteint un paroxysme et l’organisation d’accueil intègre la notion du tourisme avec ses applications notamment dans la communication (publicité, 7 sites Internet, sponsorisations, organisations de pèlerinage sous formes de « voyage organisé », etc.). 

Ne peut-on pas craindre que l’esprit qui caractérise ces chemins millénaires se perde ou se corrompe par cette volonté de profiter de la manne financière que le développement touristique des chemins offre ? Pour la France qui en est aux prémices, la question des choix à faire se concrétise. Que voulons-nous ? Comment voyons nous le développement des chemins ? Face au développement du tourisme, un enjeu de taille se pose pour les associations jacquaires. Quel rôle doivent tenir les associations de terrain responsable de l’accueil et gardienne de l’esprit hospitalier ? Quelle est la stratégie de développement du tourisme culturel menée par les opérateurs touristiques ? Quel partenariat possible entre association et opérateur en faveur de la préservation de l’esprit des chemins ? C’est ce défi qui nous attend tous. 

 A terme, un tourisme non maîtrisé portera préjudice non seulement à cette valeur intrinsèque aux chemins mais aux chemins eux-mêmes et à leur esprit. Nous ne pouvons pas sacrifier au titre des importantes ressources financières qu’il génère ce patrimoine cet itinéraire unique et précieux qu’il est important de préserver pour les générations futures. Les chemins de St Jacques ne sont pas un itinéraire comme les autres… Ils sont un lieu préservé où se cultive les valeurs humaines, un espace comme suspendu dans le temps, vivant depuis plus d’un millénaire. Nous nous devons de réfléchir à la transmission de cet héritage à nos enfants.


mardi 8 septembre 2026

La cinquième saison d'Erik Orsenna paru le 5 septembre 2026 aux éditions Robert Laffont.


En souvenir de réunions du Conseil d'Orientation des Itinéraires culturels en 2006 et des Routes de la Soie en 2018.


Lorsqu'un énième paquebot plein de touristes, le Wonder of the Seas, s'attaque à Venise, la Nature se révolte : elle arrête le Temps. L'horloge de la place Saint-Marc reste bloquée sur deux heures du matin. Le jour reviendra si les hommes reviennent à la raison. Du palais des Doges à la Fenice, l'affolement est général. Qui saura redémarrer la Grande Machine ?


Au cœur de cette nuit qui s'entête apparaît un drôle de personnage – vêtu d'une soutane, les cheveux roux, le timbre de voix décalé. Voilà Antonio #Vivaldi, ressuscité par le chaos moderne. Désormais, plus aucune barrière ne sépare les vivants et les morts. 

Le compositeur va écrire sa Cinquième Saison, celle où se réconcilieront les Éléments, l'Eau et le Feu, la Forêt et la Ville, l'Air et le Temps.

Dans ce bref et grand roman vénitien, le conteur de L'Exposition coloniale (prix Goncourt et prix Goncourt des lycéens), de Madame Bâ et de La grammaire est une chanson douce est de retour.


Clichés MTP

dimanche 30 août 2026

Le Jeudi. 30 décembre 2010. Partir en voyage «intelligent».



Le premier itinéraire culturel (Cliché MTP)


Relecture d'un article publié en 2010 

(La présentation actualisée sur le site du programme est donnée en annexe) (°)


L'itinéraire culturel tel que l'envisage le Conseil de l'Europe représente l'évolution conceptuelle des voyages d'étude, entrepris au Moyen Âge par les clercs, à travers les monastères d'Europe, et du Grand Tour, pratiqués par les jeunes de la bourgeoisie et de l'aristocratie européennes au XVIIIe siècle, afin de connaître le continent européen à travers ses Monumenta et Mirabilia, ces biens qui devaient être vus et visités, car essentiels à la compréhension des fondements de la culture européenne.

Il s'agit ainsi de démocratiser ce modèle, tout en combat tant les excès du tourisme de masse. Les itinéraires culturels encouragent un tourisme diversifié où la démarche individuelle rejoint la démarche collective par la liaison en temps direct qu'offrent aujourd'hui les nouvelles technologies.



Cliché MTP


Le programme des itinéraires culturels du Conseil de l'Europe est né au cours des années 1984-1987, alors qu'en Europe se fait jour la nécessité de réfléchir sur les bases d'une identité, fondement d'une citoyenneté commune. 

Il s'agit de l'idée de promouvoir la redécouverte par les Européens de leurs racines à travers la pratique du tourisme culturel, exercée pendant leur temps libre, dans une Europe qui avait tendance à être considérée par les Européens eux-mêmes comme le symbole d'un outil technocratique plus que comme un lieu géographique; un marché commun fonctionnel d'échelle économique globale plus que le lieu dans lequel des racines individuelles et communes puisent leurs sources. 

Les itinéraires transfrontaliers le long desquels les relations artistiques, culturelles, commerciales, politiques se sont développées, ont été considérés par le Conseil de l'Europe comme les outils privilégiés de l'action culturelle et des échanges d'idées et de savoirs qui pouvaient permettre de dépasser les barrières culturelles et politiques qui avaient marqué l'Europe pendant et après les grands conflits du XXe siècle. 

De la même manière, les itinéraires culturels ont été et sont toujours considérés comme des outils pertinents, aidant le développement et la promotion d'un tourisme culturel, durable et éthique, respectueux des territoires traversés et qui peut aider à lire de manière concrète les valeurs qui fondent l'Europe : droits de l'Homme, société de droit, démocratie culturelle, diversité et identité culturelles européennes, dialogue, échange et enrichissement mutuels au delà des frontières et des siècles. 




DE NOMBREUX «CHEMINS» 

C'est en 1987 que les deux premiers itinéraires ont reçu leur mention. Il s'agissait des Itinéraires de pèlerinage vers Saint-Jacques-de-Compostelle, correspondant au réseau de chemins, ayant de fortes valeurs symboliques dans le processus de la construction européenne, parcourus, chaque année, par des dizaines de milliers de pèlerins se dirigeant vers Compostelle et de l'itinéraire Architecture sans frontières (devenu Villes fortifiées de la Grande Région), qui a choisi comme thématique l'architecture rurale vernaculaire transfrontalière, en particulier dans les territoires du Grand-Duché de Luxembourg, de Belgique, d'Allemagne et de France, et qui a été créé à l'occasion de la Campagne européenne du monde rural. 

Une Résolution a été adoptée par le Comité des ministres du Conseil de l'Europe en 1998, puis complétée en 2007 pour définir à la fois les modalités d'attribution des mentions ainsi que la liste de tous les critères qui définissent la nature des thèmes retenus, les différents types d'actions qui doivent être mis en œuvre et les caractéristiques des réseaux européens qui seront responsables des itinéraires culturels, après avoir reçu une habilitation du Conseil de l'Europe. 

Vingt-neuf thèmes ( cinquante deux aujourd'hui ) bénéficient de la mention prestigieuse du Conseil de l'Europe et se regroupent selon des axes forts : les peuples européens, les migrations, les grands courants de civilisation, les chemins de pèlerinage, le patrimoine religieux, les personnages européens, le patrimoine industriel.… 




L'Institut européen des itinéraires culturels est chargé depuis 1998, en collaboration étroite avec le Conseil de l'Europe, d'assurer la continuité et le développement du programme dans les pays signataires de la Convention culturelle européenne et, selon la nécessité géographique et historique des thèmes, dans les pays qui ont eu et ont des rapports étroits avec l'Europe. Le siège est installé dans l'abbaye de Neumünster, à Luxembourg, où se trouvent toute la documentation ainsi qu'une bibliothèque spécialisée également ouverte au grand public. 




Un Centre de ressources des itinéraires culturels a été ouvert, en mai 2010, à Sibiu en Roumanie, dans la Casa Luxembourg, témoignant du dialogue entrepris, au travers des itinéraires, depuis l'ouverture de l'Europe vers l'Est, entre l'Ouest et l'Est européens, notamment en s'élargissant aux pays du Caucase du Sud. (Centre fermé aujourd'hui).






 Centre de ressources sur les Itinéraires culturels de Sibiu.


(°) Les itinéraires sont les réseaux locaux qui mettent en œuvre les valeurs fondamentales du Conseil de l’Europe : droits de l’homme, démocratie culturelle, diversité et identité culturelle, échanges et enrichissement mutuel par-delà les frontières et les siècles.

Ils agissent comme des passerelles pour le dialogue interculturel et la promotion d’une meilleure connaissance et compréhension de l'histoire européenne.

Base de données actuelle.


jeudi 10 juillet 2025

Michel Thomas-Penette. Exemplarité et visibilité des Itinéraires culturels du Conseil de l’Europe. Musées et champs de bataille. Défis et opportunités dans la transmission de l’histoire napoléonienne en Europe


Napoléon. Abel Gance. Cliché Cinémathèque française.


Je remercie les organisateurs de cette rencontre sur le patrimoine muséographique et paysager de l’Itinéraire culturel du Conseil de l’Europe « Destination Napoléon » de m’avoir invité à élargir les points de vue échangés aux caractéristiques règlementaires et narratives d’un programme qui fêtera bientôt son quarantième anniversaire.

Elle a permis à de nombreux membres et partenaires de l’Itinéraire de confronter de manière exhaustive et diversifiée leurs approches scientifiques, muséographiques, médiatrices ou touristiques.

Le corpus ainsi réuni montre la richesse des patrimoines matériels et immatériels à partir desquels se construisent pour le public l’exemplarité et la visibilité d’une personnalité qui a marqué l’histoire géopolitique de l’Europe et de l’Egypte, mais dont certaines décisions sociales ou juridiques, pour ne pas parler des aspects « légendaires », ont concerné plusieurs autres continents.





Cette invitation m’a tout d’abord permis de remettre au premier plan certaines des caractéristiques qui tiennent au cadre dans lequel se situe la labellisation d’un itinéraire culturel. Un cadre dont les conséquences concernent très directement la présentation muséographique d’objets et de collections liés à l’histoire napoléonienne ainsi que celle des paysages dans lesquels se sont inscrits les champs de bataille et donc, par conséquent, la présentation scénographique qui en est proposée aux visiteurs aujourd’hui.

 

Exemplarité

 

Les travaux effectués depuis 1954 par le Conseil de l’Europe dans différents secteurs : ceux de l’enseignement, de la culture, de l’environnement et du patrimoine se sont fondés sur la Convention culturelleeuropéenne. Cette Convention s’est par la suite enrichie, tout particulièrement dans les années quatre-vingt-dix à deux mille, grâce à plusieurs autres textes conventionnels. 

Ceux-ci ont pris en compte les rapports qui s’établissent entre les valeurs défendues et promues par l’Institution européenne et les publics au sens large. Des publics concernés par l’application nationale, régionale ou locale des Droits de l’Homme, qu’ils soient partie prenante, dans un contexte européen, d’une responsabilité pédagogique, d’une sensibilisation sociale et citoyenne ou encore de l’aménagement touristique de la rencontre des visiteurs nationaux ou étrangers avec les identités culturelles plurielles des lieux dont ils sont responsables et des modes de vie des habitants rencontrés lors d’un voyage.

Ces Conventions soulignent tout particulièrement le fait que certaines responsabilités sont partagées entre les propriétaires publics ou privés des sites et des biens patrimoniaux et leurs usagers et utilisateurs.

Il en est ainsi en matière de gestion, d’entretien ou de médiation, dans un contexte national, transfrontalier ou largement multinational.

Il s’agit plus spécifiquement de son entretien physique et mémoriel, mais aussi du partage de la propriété intellectuelle, donc de la conception et de la transmission de son interprétation : Conventionde FaroConvention cadre sur la valeur du patrimoine culturel pour la société et Stratégie européenne du patrimoine pour le XXIe siècle.

Les réseaux porteurs d’un Itinéraire culturel du Conseil de l’Europe sont par conséquent responsables de rendre exemplaires et visibles ces Conventions et d’en permettre une appropriation sensible par la visite, le parcours et même la sauvegarde partagée.  



Réunion "Musées et champs de bataille. Défis et opportunités dans la transmission de l’histoire napoléonienne en Europe". Cliché Destination Napoléon.   


Visibilité

 

-        Des récits touristiques pluriels : voyages, étonnement et appropriation

Du fait des Conventions que j’ai évoquées, la première exigence qui se pose lorsqu’un itinéraire culturel souhaite recevoir la mention du Conseil de l’Europe pourrait se formuler ainsi, au regard de son patrimoine singulier et de son histoire spécifique :

-        Quelle est la dimension européenne du parcours proposé ?

La seconde exigence dialogue avec l’actualité géopolitique et sociale de l’Europe :

-        Quelle est son exemplarité patrimoniale, historique et mémorielle qui permet de coordonner des actions communes dans un contexte d’identités plurielles ?

Et la troisième, parfois trop négligée :

-        Quel récit élaboré en commun va-t-on proposer aux visiteurs pour répondre aux deux premières exigences ? 

Par exemple :

-        La narration d’un moment de l’histoire ou de la mémoire de l’Europe qui est lié à un lieu ou à un personnage réel ou imaginaire.  

-        Le récit de voyage d’un personnage réel ou imaginaire. En l’occurrence, selon les thèmes labelisés : un navigateur, un musicien, un pèlerin célèbre ou plus anonyme, un berger transhumant, un musicien ou un écrivain suivant une cure thermale, un mémorialiste ou un créateur d’empire.

Le regard du géographe qui propose une carte illustrée, celui de l’historien qui publie le récit du mouvement des armées, voisinent alors harmonieusement avec le cadre de la caméra du cinéaste ou la partition d’un compositeur qui dédie une symphonie à une personnalité qu’il admire.

Pour ne prendre que deux exemples qui concernent l’itinéraire « Destination Napoléon » : celui du film épique d’Abel Gance récemment restauré ou celui de « La Conversation », dialogue entre Napoléon et Cambacérès imaginé par Jean d’OrmessonLa Conversation. Editions Heloise d’Ormesson. 2011).

"C'est une expérience physique et sensuelle, au-delà même d'une expérience cinéphilique." avoue Georges Mourier, réalisateur et chercheur, responsable avant sa restauration de l'inventaire des différents morceaux du film qui ont été conservés. Et il ajoute : "Pour Abel Gance, le cinéma était une arme d'élévation massive."

"Il y a des moments où l'histoire semble hésiter avant de prendre son élan...c'est un éclair de cet ordre que j'ai tenté de saisir : l'instant où Bonaparte, adulé par les Français qu'il a tirés de l'abîme, décide de devenir empereur" écrit de son côté l'académicien Jean d'Ormesson.




On comprend, à la lecture de ces trois citations qu’il s’agit bien de toucher notre besoin de connaissance, à l’égal de notre imagination en attente d’un ailleurs espéré.

Si l’imagination est sollicitée, le visiteur ou le spectateur se situent alors bien au-delà des slogans touristiques les plus convenus et de l’environnement commercial qui est supposé le convaincre de se déplacer et de planifier une visite.

S’ils sont équilibrés entre les exigences de la recherche et ceux de la création, les mots, les sons, les musiques, les images qui viennent le solliciter, contribuent à balayer les figures figées des monuments ou des personnages qui ont trop souvent proposés comme des icônes indiscutables et éternelles.

Les chercheurs et les créateurs construisent ensemble un récit pluriel qui devient peu à peu un champ d’appropriation ouvert à la construction d’une opinion enrichie.

 

-        Concevoir des rencontres

 

C’est en répondant à la publication d’analyses anthropologiques, ethnographiques, géographiques ou romanesques, mais aussi à celle de récits d’explorateurs ou d’écrivains, pour certains redécouverts, pour d’autres contemporains, que des initiatives sont nées dans le but de relier les lieux de visibilité des itinéraires culturels.

Elles méritent une analyse au cas par cas qui sera l’objet d’une étude à venir qui s’appuiera elle aussi sur le rôle et la place des musées et des lieux de parcours : chemins de pèlerinages, voies de migrations, d’échanges commerciaux ou de transhumances, voies maritimes des Vikings ou des marchands de la Hanse, bâtiments historiques du thermalisme et paysages thérapeutiques…  

Ces initiatives se sont en partie nourries de rencontres internationales ayant déjà trouvé leur public avec succès.

En ce qui concerne la France, la plus ancienne est certainement le Festival « Etonnants Voyageurs » ( organisé depuis 1990 sous l’impulsion du regretté Michel Le Bris. Nul étonnement à ce que dans les débats qui ont suivi les dernières éditions, « l’identité monde » ait été présentée comme un remède à la « fiction identitaire nationale » et que l’initiative ait aussi choisi de s’exporter sur les terres de la créolisation.

Il s’agit également du « Festival della letteraturadi Viaggio » coordonné par Claudio Bocci depuis 2008, qui a reçu pour son édition de 2010 le patronage de l’Institut Européen des Itinéraires culturels.

Ces rencontres ont ceci de particulier qu’elles épousent des lieux de circulation et d’ouverture : Saint Malo et sa façade maritime pour l’une et Rome, tout à la fois aboutissement et lieu de départ de pèlerinages, pour l’autre. Mais dans les deux cas, on y entend le mot récit dans toutes les formes artistiques du terme.

Ambitieuses par les lieux qu’elles occupent, ces manifestations affrontent aussi la diversité des points de vue. Ainsi, parallèlement à des expositions et des films de fiction, on peut y découvrir des documentaires de création.

 




L’apport du transmédia : additionner et croiser les moyens d’expression en suivant des personnages historiques et / ou imaginaires

 

Parmi les projets narratifs qui ont déjà concerné certains des itinéraires culturels, il m’est plus évident de présenter une démarche de « transmédia » que j’ai préparée et dont j’ai suivi la mise en œuvre de 2012 à 2015 avec le Réseau des Villes thermales Historiques (EHTTA) dans le cadre du programme « Source » ( financé pour moitié par la Commission européenne et pour moitié par neuf des villes du Réseau et par l’Association des villes thermales du Massif Central ).

Au sens propre, la narration transmédia articule un univers narratif original sur différents médias. En suivant cette logique, l’un des volets de ce programme comportait l’écriture d’un roman interactif intitulé « Aux Sources de l’Europe » impliquant quatre personnages principaux.

Pour ce qui concerne ces villes de cure, où les séjours médicalisés duraient trois semaines, il était en effet aisé de choisir des personnalités significatives et de leur trouver des doubles contemporains, curistes ou visiteurs, voyageant dans le temps et l’espace.

En effet, avant la naissance du thermalisme et du tourisme populaires, ces villes ont été par nature des lieux de rencontre de responsables politiques, y compris pour des conférences multilatérales décisives pour l’histoire mondiale et pour la signature de traités de paix.

Des entrepreneurs et des investisseurs locaux y sont à l’origine de patrimoines bâtis souvent somptueux.

Des voyageurs célèbres et des artistes venus suivre une cure les ont célébrées.

Elles ont même fait l’objet de la publication de romans et de nouvelles par des écrivains tels Gustave Flaubert, Guy de Maupassant, les Frères Goncourt, George Sand, Fiodor Dostoïevski et de films tels « L’année dernière à Marienbad » d’Alain Resnais ou encore « Les yeux noirs » de Nikita Mikhaikov, pour n’en citer que deux. 

Le roman lui-même a été publié sous forme informatique sur un site dédié. Il met en scène la manière dont les quatre personnages - fils conducteurs - se sont rencontrés avant de partir à la découverte des villes thermales.

Chacun d’entre eux a tenu durant deux années un blog décrivant les étapes de ses voyages et de ses rencontres. Les personnages alimentaient tous également une page facebook, un compte twitter (aujourd’hui X) et leurs étapes ont été aussi reprises sur pinterest.

Ils ont été par ailleurs incarnés par des acteurs à l’occasion des « Cafés de l’Europe », réunions thématiques mettant en relief et explorant de manière pluridisciplinaire les points forts culturels et touristiques des villes concernées.

Par exemple :

-        Une ville maîtrisant les approches virtuelles : Enghien-les-Bains (ville numérique de l’UNESCO) ;

-        Des villes musicales : Baden-Baden, résidence temporaire entre autres d’Hector Berlioz, Clara Schumann, Johannes Brahms…ou encore Montecatini Terme fréquentée par Giuseppe Verdi ;

-        Une ville à l’origine du tourisme et du thermalisme modernes : Spa ;

-        Une ville cinématographique : Fiuggi près de Rome ;

-        Une ville organisatrice d’un prix du livre d’histoire ( Acqui storia ) : Acqui Terme.

L’ensemble de toutes ces réunions a non seulement bénéficié de la présence de dessinateurs carnettistes, choisis en fonction de leurs connivences avec le thème de chaque café, mais aussi d’un remarquable travail photographe créatif.

Un lien a été d’ailleurs établi avec certaines des villes marquées par l’histoire napoléonienne.

En effet, l’un des quatre personnages imaginaires, Charles Joseph, dialogue dans le temps et l’espace avec Charles-Joseph de Ligne, témoin et mémorialiste de la Révolution française, de l’annexion de la Wallonie où il est né, des affrontements entre la coalition et les armées napoléoniennes et des guerres entreprises par Catherine de Russie en Crimée. Il meurt durant le Congrès de Vienne et de ce fait, toutes les têtes couronnées d’Europe assistèrent à son enterrement.



Charles Joseph. Café de l'Europe de Spa. Cliché Loiez Deniel. 


Il pourrait éventuellement constituer l’un des témoins virtuels de l’itinéraire « Destination Napoléon » dans le cadre d’une des approches narratives de l’itinéraire.

La porte est ainsi ouverte à une recherche théorique et pratique des croisements narratifs entre les itinéraires culturels du Conseil de l’Europe, recherche fondée sur la richesse des musées et des paysages culturels qu’ils mettent en valeur en relation avec leurs caractéristiques thématique.

Je reste persuadé que l’itinéraire « Destination Napoléon » a inauguré à la Sorbonne, de manière exemplaire, la possibilité d’une large coopération avec l’ensemble des itinéraires culturels déjà labelisés.


Michel Thomas-Penette

Novembre 2024

Conférence tenue à l'Université Sorbonne, Paris, le 20 juin 2024. 


Réunion "Musées et champs de bataille. Défis et opportunités dans la transmission de l’histoire napoléonienne en Europe". Cliché Destination Napoléon. 


Musées et champs de bataille. Défis et opportunités dans la transmission de l’histoire napoléonienne en Europe - Destination Napoleon - European Federation of Napoleonic Cities

 


Napoléon. Abel Gance. Cliché Cinémathèque française.


jeudi 20 février 2025

Tourism and Europe in International Organisations (I)

 

If you are in tourism, one of the key reasons why we constantly come back to ‘Destination Europe’ cannot be ignored. In a time of crisis, the economy’s success, or rather rebound, is the watchword of all watchwords. The Communication of the European Commission, on all other instances of codecision made by the European Union in June 2010, is very clear: the Union countries as a whole remain the world’s No1 tourist destination.

The 2010 statistics need to be revised upwards, but I shall use them since this is quoted from the Communication: “…with 370 million international tourist arrivals in 2008, or 40 % of arrivals around the world, 7.6 million of them from the BRIC countries (Brazil, Russia, India and China), a significant increase over the 4.2 million in 2004. These arrivals generated revenues of around EUR 266 billion, 75 billion of which was from tourists coming from outside the Union.”


A July day outside Notre-Dame in Paris

 

It would, of course, be rather limiting to examine only the tourist policies implemented between the 27 Member States and some of their neighbours, despite the fact that the objective is first and foremost the competitiveness of the 27: “Improving the competitiveness of tourism in the EU plays a crucial role in achieving the goals of the EU strategy for growth and jobs. As such, the tourism sector absolutely must overcome a number of challenges, among which are ageing population, growing competition from around the world, sustainable development and changes in demand for certain forms of tourism”.

All the components that make up the EU highlight the fight against the crisis in the economy: this is at times a safeguard, stressing the chance of changing the development model, but it is most often a magic watchword. However, other organisations in Europe and around the world have an impact on European tourism, and their concerns are both bigger and at times more fundamental; i.e. their mission is to examine changes and to try to predict future scenarios. In some instances they have a direct impact, for they are tasked with thinking, monitoring, or even overseeing practices in connection with tourism; in others their impact is indirect, for they are behind labels which lead to increased tourist visibility for destinations or events; in yet others (on the other hand, I was going to say), their mission is to avoid excessive tourist numbers at one site or to gauge the impact and negative consequences of such, with a view to avoiding abuses.

These initial posts aim only to outline where these organisations differ and where they complement one another.

 

Tourism on a global scale


 


Based in Madrid, United Nations agency the World Tourism Organisation is the leading international organisation in its field. It acts as a global forum for tourism policy issues and a place to exchange tourism know-how. Its membership includes 161 countries and regions, and more than 409 Affiliated Members representing the private sector, tourism associations and local tourism authorities. Preceded by International Union of Official Travel Organisations (IUOTO), which was established in 1947, the first WTO General Assembly met in May 1975 in Madrid at the invitation of the Spanish Government. Robert Lonati was voted in as the first WTO Secretary-General and the Assembly decided to establish its headquarters in Madrid. Having become a United Nations specialised body in the 2000s, the UNWTO naturally focused more on some of the fundamental values of the World Organisation for Peace, but actually such values were always at the fore, even when the organisation could only cooperate with regional commissions. As a result, in 1967 it adopted the idea of an International Tourist Year (ITY) with the slogan ‘Tourism, Passport to Peace’. The type of development targeted is clearly seen at the centre of its missions: “UNTWO encourages the implementation of the Global Code of Ethics for Tourism, to maximise tourism’s socio-economic contribution while minimising its possible negative impacts, and is committed to promoting tourism as an instrument in achieving the Millennium Development Goals (MDGs), geared towards reducing poverty and fostering sustainable development worldwide.

 

A Sunday morning in Madrid at the antiques market

Although they proffer this noble declaration of intent, they do not forget the growing importance of this sector of the economy; yet nor do they forget that this is a genuinely global industry, whose principal business areas partake in some of the worst excesses of globalisation: 

Today, the business volume of tourism equals or even surpasses that of oil exports, ‎food products or automobiles. Tourism has become one of the major players in ‎international commerce, and represents at the same time one of the main income ‎sources for many developing countries. This growth goes hand in hand with an ‎increasing diversification and competition among destinations.‎” 

This of course goes hand-in-hand with the proliferation of commercial flights, and the pollution they cause, as well as with a concentration of capital among the issuing countries and low-cost transport companies, to the detriment of the receiving country. Not to mention the destruction caused by mass gatherings at the same sites.

Indeed, the statistics speak for themselves: from 1950 to 2011, international tourist arrivals from increased at a pace of 6.2% per year, going from 25 million to 980 million. The number is expected break the billion mark this year, since UNTWO expects an increase in international tourist arrivals of between 3% and 4% in 2012.

Coach regulations in Paris

 

To compensate for the excesses of and, I was going to say, to raise contributions from the wealthier emitting and receiving countries, this organisation is aimed particularly at helping emerging or developing countries to structure and protect their offer, but UNWTO also focuses on those countries where tourism has declined for cyclical reasons, such as Japan today. From a media standpoint, UNWTO is behind the World Tourism Day, which this year will address sustainability, and recognises its European counterpart, the European Tourism Day, for which this year’s theme was seasonality, maritime and coastal tourism.

It is always interesting to consult the UNWTO’s list of priority activities, each of which has its own dedicated website: “Consulting Unit on Tourism and Biodiversity”, “Hotel Energy Solutions”, “Protect Children” (task force), “Tourism and Poverty Reduction” and “Tourcom”, which aims to streamline communication; something that, upon reading the website, does not seem the easiest task.



Hotel Energy Solutions


The Silk Route, which featured in the priority list at the end of last year, is now a project which must find its own ways to develop in the future, by combining all the impetus and contributions of those involved. This is no mean feat, since the project is billed simply as the ‘most important route in humanity’s history’. We will have the opportunity to look at this project in more detail in terms of Europe and the very historyof the project during UNESCO’s cultural decade (Bulgaria, Croatia and the countries of the South Caucasus have joined the project). A meeting is taking place in September 2012 in Azerbaijan, a Council of Europe member state, with the aim of showcasing the flavours on the route and try to give it a leg-up in amongst the world’s gastronomic routes.


Cattle market, Kashgar. Silk Road… and Olive Route, 2007


As for Europe itself, UNWTO has fairly recently released a document which goes a little further than a repeated presentation of the organisation’s programmes in general. It highlights some of the common goals of the purported 44 countries of Europe. The sub-regions of the Black Sea, the Carpathians, and the South Caucasus-Caspian get a certain priority in terms of thinking and action compared to Western Europe which, as we know, receives the biggest numbers of tourists worldwide. In the publication you will find statistics dating from 2010. The most recent meetings of the Europe region took place in Batumi, a Georgian resort city on the Black Sea: “54thMeeting of the UNWTO Commission for Europe and Seminar on “Branding Tourism Destinations in a Connected World”.


After seeing the chosen theme, it comes as no surprise that the problem seemingly in trend, since this is Europe (including the European cultural routes), is finding a brand which distinguishes this destination from the others, and yet in coherence with the other regions in the same area. Nor will it be a surprise that the same specialists are speaking to all levels of the organisations, repeating generalised speeches which barely change for each audience. Perhaps Europe is seen by these experts as a predominantly western economic union of 27 countries who must outline a framework brand, as the European Union is researching at the moment. Perhaps the conception of Europe rests on a group of routes and thematic networks which must, at all costs, find coherence, as the Council of Europe manages with its geographical and cultural assortment which stretches from the Atlantic to the Urals. Or even, as the UNWTO envisages for its members, the effort of applying this coherence to an area which stretches from the Atlantic to the Caspian.

Batumi by night, 2008

To form your own opinion, you can download all the communications from this meeting in Powerpoint form: “A brand is a promise made to the consumer”, says one of them, while the introduction to the seminar states it unequivocally: “Brands are a promise, a set of values and ideas. Brands attach an emotional value to any destination. Our emotions are unique. Tourism is all about living experiences and feeling new sensations and this is why tourism destinations must be branded. This seminar will help to achieve greater awareness about the added value of effective brand design, development and management.” And for the sake of completeness, “When everyone is talking about the importance of local identities, authenticity and uniqueness, can local branding really fit in with regional and national branding?” asks Eulogio Bordas, representative of THR – Innovative Tourism Consultants.

In this light, the delegate for Romania talked at length about how the country, a green enclave stretching down to the Black Sea, had become, in the semantics of tourism experts, the ‘Carpathian Garden’, a slogan which was entrusted to a number of the nation’s sports ambassadors in order to popularise it around the world.

Furthermore, you can read a very interesting provisional study presenting theories for development to 2030.

 



In any case, thanks to the communication from THR – Innovative Tourism Consultants, you can know everything going through the heads, or rather the minds, of the customers when it comes to identifying a brand. The question is whether you want to address customers in the market’s traditional sense, or the inquiring minds which want only to receive the fragments of knowledge they are missing and the tools to go further. Sometimes you want a little less brand Europe theory, a little more reflexion on destination Europe, or yet more thought on the nature and makeup of the aspect of Europe which lives in the mind.




In the face of this need for branding, a new ideology – in the sense of a body of ideas – is being born: that of brand identity. This is replacing another ideology which has been predominant for a very long time: the ‘pure’ and ‘authentic’ cultural identity, applied to rural destinations in particular. As Rachid Amirou said 20 years ago, “imagination helps us give simple descriptions of the relationship between a subject and the other areas of the mind’s activity: art, thought, myths, religion and tourism (…) the language of tourists forms aesthetic judgments of places and moments which were never expected.”

Is it about making tourists conform to brands, or about letting them create their own connections amid a wide range of values and aesthetics through open proposals? I think you will have understood, with all due respect to marketing specialists, that I lean and have always leant towards the second approach.




Remarks: “Accordingly, the European economy has not been left unaffected by the impact of the global economic crisis whose immediate repercussions have been most notable in the tourism sector. The mature economy of Europe is expected to struggle in 2012. As WTTC indicates, the prospects for Travel & Tourism growth in Europe for 2012 are precarious. Current forecasts suggest a 0.3% increase in Travel & Tourism direct GDP for the region overall, but this will be propped up by newer economies such as Poland and Russia. A decline of 0.3% is expected across the European Union. Consumer spending is set to tighten as austerity measures kick in, and there continues to be considerable uncertainty around the future of the euro-zone and the peripheral economies of Greece, Spain, Italy and Portugal. Despite the gloomy forecasts, the tourism industry will never cease to be an integral component of the European economy and a significant driver for growth and employment. The year 2012 may be another year full of challenges for Europe but, hopefully, tourism will survive these as it has overcome a wide range of obstacles since the onset of the 21st century.” 

(Mr. Spyridon Parthenis, Head of the International Relations Directorate, General Secretariat of Tourism, Ministry of Culture and Tourism of Greece, Chairman of the UNWTO Commission for Europe).