Affichage des articles dont le libellé est Saint Olav. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Saint Olav. Afficher tous les articles

mercredi 1 mai 2013

Tourisme religieux en Europe. I / Marcher sur les nouveaux chemins


Depuis que j’ai participé il y a quasiment une année à la rencontre « Carrefour d’Europe » à Pavia en Italie, j’ai eu l’impression de rester un peu sur ma faim. Les routes religieuses s’y sont bien rencontrées, mais n’étaient au fond invitées que pour parler chiffres et technique. Alors que je m’apprête à participer à la seconde édition de ces carrefours qui aura lieu cette fois à Toulouse, je voulais m’interroger sur le tourisme religieux tel qu’il s’exprime, souvent au-delà des religions elles-mêmes, dans le contexte européen.



Publier


Je suis toujours ravi de recevoir dans ma boîte à lettres une enveloppe en papier contenant une revue imprimée avec de l’encre dont les photographies en couleurs font rêver. Une revue que je peux extraire, feuilleter, laisser sur ma table, reprendre quand je le souhaite, puis classer dans ma bibliothèque où elle restera là pour quelques années à dialoguer avec des romans qu’elle va – à force de cohabitation - découvrir au cours du temps et qui vont, je l’espère, la contaminer et la subvertir. Mystère insondable des bibliothèques où se jouent des drames secrets qui font que les textes changent quand on les reprend plusieurs années après les y avoir déposés. Je sais, j’ai l’air de me contredire ! Je me suis en effet parfaitement habitué à l’immatériel. Je peuple moi-même de manière impénitente et parfois répétitive l’espace numérique et les revues dont je suis un abonné s’y soumettent aussi ! Elles sont, à leur tour, devenues téléchargeables. Je les emporte donc avec moi dans des dossiers virtuels où elles ne voient plus personne, où elles ne savent même pas si elles ont une existence réelle et quel rapport elles entretiennent encore avec ceux qui, un jour, en ont écrit les textes. J’espère qu’elles y rencontrent tout de même des logiciels espions qui cherchent à savoir si elles ne complotent pas à déstabiliser le monde. Si le monde savait ce qu’est réellement le pouvoir de l’écriture et se souvenait du rôle révolutionnaire qu’a eu le premier ouvrage sorti des presses, les logiciels espions seraient encore plus nombreux !

Tout cela pour dire que je remercie sincèrement Gaëlle de la Brosse et ceci doublement : à la fois pour avoir pensé à moi dans ma retraite strasbourgeoise et pour m’avoir redonné l’envie de feuilleter un numéro – hors-série comme on dit – qui parcourt les nouveaux pèlerinages contemporains (Marcher sur les nouveaux chemins. Pèlerin Hors-Série et carte Michelin Les nouveaux itinéraires du sacré. Avril 2013). Je remercie également Luca Bruschi de m’avoir suggéré d’écrire un article qui parle de la spiritualité, celle de la purification du chemin et de la purification de l’eau en remontant ainsi aux origines, quand la source elle-même était un lieu de pèlerinage et de purification. Je vais me préparer ainsi à faire le lien entre plusieurs itinéraires européens. Cet article paraîtra dans le prochain numéro de la Revue Via Francigena qui sera présenté le 8 juin prochain al Colle di Val d’Elsa.La concomitance des deux événements m’a obligé à revenir sur mes pas et de remplir un vide dans lequel m’avaient laissé les présentations de Pavia.



 Arrivée à la Cathédrale de Compostelle

Vingt-cinq années


Vingt-cinq années après ! Vingt-cinq années d’une recherche échevelée de l’effort et du dialogue, d’une célébration inlassable et quotidienne du partage par des millions, que dis-je des dizaines de millions de pèlerins et de marcheurs ? Et puis il faut bien le dire, une réelle déception devant une célébration purement diplomatique de l’itinéraire culturel européen face la cathédrale de Compostelle en octobre dernier. Une célébration un peu fantomatique loin des pèlerins eux-mêmes et des associations qui les aident à s’approprier un effort complexe, à lui conférer de l’élan. Mieux que rien ? 


De quoi donner cependant la nostalgie de la célébration  inaugurale et de celle du vingtième anniversaire où la Place de la cathédrale de Saint Jacques de Compostelle était noire de monde et écoutait les paroles des jeunes : anglais, français, castillan et galicien mêlés, de donner le regret de l’exposition qui a symbolisé à la fois toutes les valeurs rassemblées et tous les chemins dessinés pendant toutes ces années et qui n’a pu malheureusement être transportée ailleurs, regret enfin des rues marquées du nom de tous les itinéraires européens, dans toutes les langues de l’Europe : moments éphémères mais inoubliables. 



Octobre 2007. Les jeunes se préparent à la lecture de la Déclaration

Une émotion difficilement descriptible, faite de toutes ces rencontres à la fois, tant elle montait en puissance chaque jour de ce mois d’octobre-là, au rythme du retour vers les origines sous la bannière de l’Olivier, des Phéniciens euro-méditerranéens ou encore des moines clunisiens.


Les temps ont changé et les objectifs sont devenus autres, plus économiques sans doute, inscrits maintenant dans la nécessité de convaincre les décideurs que l’ordre et la méthode sont devenus prioritaires sur la spontanéité d’un succès démocratique laissant toute leur place aux usagers ! Sommes-nous donc devenus seulement des opérateurs touristes du pèlerinage au point de ne plus célébrer que pour laisser passer des autorités au premier rang, sans se soucier de laisser venir à nous des images, des souvenirs, tout l’imaginaire d’une Europe en mouvement ?



Octobre 2007. Exposition "L'Europe est le Chemin"

L’Hospitalité sur les chemins de pèlerinage fait pourtant partie de la définition même, dès l’origine. «Pendant longtemps elle a été considérée comme un geste charitable qui consistait à recueillir, à loger et nourrir gratuitement les indigents et les voyageurs en particulier les pèlerins. Exercer l’hospitalité c’était donc faire preuve de vertu». Native donc ! Elle est là dans son expression la plus pure, comme valeur chrétienne et comme un moment de l’aménagement de la Route, qui rend la Foi plus sûre, mais aussi plus solide, comme si l’accueil constituait un argument de la Route elle-même et comme si la Route établissait son tracé sur les étapes d’un partage dans lequel la santé morale, physique et intellectuelle qui est donnée ou restaurée s’échange contre une culture étrangère, mais dont les fondements profonds existent dans une transcendance vécue en commun.


Et la démarche qui a fait en sorte que ce même chemin de Foi et de Spiritualité soit aujourd’hui, en affirmant une laïcité, au-delà de la transcendance, un Chemin de dialogue européen, une sorte de laboratoire de (re)construction européenne à ciel ouvert, n’est pas seulement un signe tangible de modernité, mais une affirmation que prendre le Chemin, c’est abandonner des préjugés et être prêt à être « mesuré » par l’autre à l’aune de l’accueil.

Nouveaux Chemins ?


Lorsqu’on lit ce hors-série du Pèlerin on peut dire en effet que les temps ont changé et le voir, page après page par la variété des propositions. Et on se rassure très vite sur la permanence des valeurs, en lisant des témoignages de ceux qui marchent. Que ces marcheurs soient Immortels, garants de la langue ou de l’esprit européen ou qu’ils découvrent la fin d’un égoïsme et le début du dialogue en posant simplement un pas devant l’autre. Pour les suivre depuis vingt-cinq ans, je suis bien en effet persuadé qu’ils ont changé, mais dans le meilleur sens du terme, en gardant la flamme de l’esprit du voyage et en traçant peu à peu une totalité du pèlerinage historique dans la diachronie où les voies se succèdent, se croisent et se confondent.


Le portfolio qui ouvre le numéro est superbe. Il donne envie de prendre le sac et de découvrir l’Europe au plus vite. La célébrer dans l’effort des pentes et le soulagement des sommets. Prendre l’Europe à pleins poumons quand parfois son odeur politique nous empêche de respirer. Un moment parfait quand vient la semaine où l’on se souvient des grandes dates des Traités qui ont écrit l’Europe, de Londres à Rome.



Saint Martin sur la Loire, en revenant vers Tours

Et le choix aujourd’hui ne manque pas, en effet. Saint Michel dans la succession des sanctuaires perchés où la Jérusalem céleste dépasse le simple symbole, Saint Martin de Tours reliant les lieux de vie d’un soldat converti, évangélisateur et exemplaire d’un premier monachisme ouvert sur le monde, le Tro Breiz si cher à Gaëlle et qui invite à vénérer « Les Sept Saints Fondateurs de la Bretagne », Saint Gilles du Gard, jouxtant un chemin pédestre vers Saint Jacques, aboutissement de la Régordane et  regard jeté vers l’autre côté de la mer, vers la Terre Sainte et enfin Assise depuis Vézelay à l’extrême du symbole d’une Route de la Paix, d’une Via della Pace. On y croise aussi la Via Francigena, tracé symbolique de toutes les Routes vers Rome et on apprend à y reconnaître des marcheurs redescendus de Norvège, échappés des sentiers qui rejoignent un autre Finisterre dans le fjord de Trondheim - Nidaros.



Sur la Via Francigena


Phénomène mondial par la diversité des origines de ceux qui marchent. Phénomène européen par le réseau qui s’est mis à irriguer, grâce à de nombreux petits cours d’eau, des fleuves qui se sont affirmés dans un lit bien balisé vers Compostelle ou Rome, Nidaros ou Le Mont Saint Michel. Des milliers de marcheurs qui convergent, se côtoient, se choquent et parfois se gênent tant ils sont nombreux, mais qui se souviennent séparément de leur port d’attache tout en regardant tous ensemble le même but.  

En ce sens, l’esprit de ceux qui sont repartis après la Seconde Guerre Mondiale pour ressentir le soulagement de l’effet physique de traverser une frontière, est toujours là, même si leur frontière d’aujourd’hui est plus personnelle et moins politique. Les camps de prisonniers et les goulags européens se sont quasiment tous ouverts. Restent les barrières sociales, mais les chemins ont aussi permis de les estomper, le temps de la marche, dans le partage de la fatigue en ouvrant la voie à une meilleure compréhension. Un partage de la crise, aussi, dans une certaine mesure. Une prise en compte commune de la peur, même si elle a changé de visage.

« La vertu de l’ascension » comme l’écrit Jean-Christophe Rufin (Immortelle randonnée. Compostelle malgré moi. Editions Guérin. Avril 2013).dans un élan mystique auquel je préfère personnellement donner le nom de spiritualité. En caractérisant sa propre progression dans la longue marche sans rupture, sinon parfois la cassure du corps, il évoque aussi un pèlerinage bouddhiste, comme s'il avait peu à peu discipliné son corps et senti un souffle venu d’un ailleurs souhaité, depuis un monde qu’un président français nommait celui des forces obscures. Chacun continue en effet à trouver sa foi, étape par étape, aujourd’hui comme aux lendemains du grand drame. Chacun entretient à sa manière une conviction tremblante faite de morceaux de vie et d’espérances mélangées. L’immortelle randonnée nous renvoie aux origines. Quand prendrions-nous sinon le temps de faire cette recherche intérieure, autrement que dans la solitude d’une multitude en marche ? Quels autres itinéraires nous ramènent ainsi aux origines et à une sorte de confiance aveugle qu’il y a eu une histoire et qu’elle n’est pas terminée ?

Hospitalité

J’ai envie de redire (L’Hospitalité, fondement d’une culture européenne : le Pont de l’Europe. Arles, 1er Congrès Européen de l’Union Jacquaire 1er mars 2008) qu’il s’agit en quelque sorte d’un grand saut dans l’inconnu d’une vision européenne commune, mais dont on doit avec humilité, accepter les différences locales, à l’épreuve des identités ouvertes. Je ne peux donc que me féliciter du fait qu'en vingt-cinq années se sont ajoutées d’autres voies de pèlerinage vers d’autres sanctuaires, certains plus anciens, certains plus récents, d’autres parallèles, complémentaires ou alternatifs, ou qu'on cherche de nouveau à explorer les grandes voies du monachisme, de l’Ouest, comme de l’Est. Cette diversité conforte la démarche européenne en dressant une carte certes complexe, mais vivante et mouvante, d’une Europe en marche, trouvant à la fin la victoire de l’Hospitalité contre l’Hostilité et redécouvrant l’aménagement du territoire, comme une intelligence du paysage pour celui qui en devient un hôte.



La Route de l'Olivier à Compostelle

Si on retourne à l’anthropologie de l’Hospitalité, il est important de suivre quelques bons guides. Par exemple, le terme est ainsi relu par les quatre-vingt-dix auteurs réunis par Alain Montandon  dans l’ouvrage « Le livre de l’hospitalité. Accueil de l’étranger » publié aux Editions Bayard en 2004. Les réflexions de Michel Serres, de Paul Ricoeur, de Michel Foucault, de Marcel Mauss y côtoient celles sur deux auteurs liés par l’espoir : Emmanuel Lévinas et surtout Jacques Derrida, qui sont au cœur de l’anthropologie d’une valeur qui se rattache à d’antiques lois religieuses et à une éthique du comportement. 

L’universalité ou encore le caractère infini de l’Hospitalité que Lévinas professe, constitue l’exact contraire du racisme et souligne l’infini des massacres qui ont tenté d’effacer, de rayer plusieurs types d’Autres inacceptables ou « inaccueillables », si on peut tenter ce néologisme: entre autres le Juif, le Tsigane, l’Homosexuel, le Communiste en régime fasciste et son double, le Dissident en régime communiste...  «Ami, nous ne savons comment vous appeler; serait-il indiscret de vous demander votre nom ? - Ma foi, je nourris moi-même quelque doute à ce sujet. Mettons que vous m’appellerez « Guest » ou Hôte » écrit William Morris dans « Nouvelles de nulle part » en 1891.

« Parvenu au terme du voyage, je me suis dit que je n’étais pas arrivé ; j’ai compris que le but n’était pas matériel. » dit encore Jean-Christophe Rufin. Beaucoup le disent avec lui. Voilà sans doute ce que signifie, au plus profond, ce nouveau tourisme que l’on dit "culturel et religieux".

samedi 3 mars 2012

Focus sur l’Allemagne


Dans le nouveau contexte où les pays européens membres de l’Union Européenne vont devoir collaborer, on se demande parfois quelle est la politique spécifique qui est encore menée aujourd’hui par chacun d’entre eux. C’est la raison pour laquelle il me semble intéressant de prendre les pays les uns après les autres, en s’appuyant sur des actualités  qui possèdent un sens symbolique ou montrent en tout cas des évolutions frappantes.




Des salons aux offres nationales

Les professionnels du tourisme européen vont se retrouver à l’ITB de Berlin du 7 au 11 mars prochain. Mais en même temps, il ne s’agit pas que d’un rendez-vous pour les professionnels. Les deux dernières journées sont ouvertes à tous. Compte tenu des enjeux industriels, on ne peut pas s’attendre à ce que la page d’accueil cherche à mettre en avant des messages pointus. Le soleil, les îles, le surf, les déserts, les pyramides et les minarets, les temples grecs et les ruines romaines constituent les coiffures à la mode. Une mode qui date quand même de plusieurs années. On y attend 170.000 visiteurs. Tout un monde, autrement dit où, sans repères et sans soutien une offre pointue disparaît, encore plus qu’à Madrid ou Milan.

Travel & Tourism accounts for 258 million jobs globally. At US$6 trillion (9.1% of GDP) the sector is a key driver for investment and economic growth and at a global level. It is larger than the automotive industry at 8% GDP, and just smaller than banking at 11%. Our key challenge in the industry is to stimulate jobs and investment, eliminating barriers to travel such as visa restrictions, taxation, and outmoded infrastructure systems. I am confident that these issues will be addressed at Europe’s premier travel trade fair - ITB Berlin. It is the key place to learn about new trends, market developments, and to deepen existing business relations”, affirme d’emblée David Scowsill, President & CEO, World Travel & Tourism Council. C’est en effet une réalité prégnante face à laquelle se sont développées des actions de conseil et des séminaires en ligne. Tout un business, autrement dit.




Toutefois, à côté des grands marchés de l’exotisme et de la croisière, du b to b et du tourisme de congrès, il reste des niches pour le tourisme culturel. Le discours n’est certes pas très élaboré et même assez convenu mais l’espace existe :

 “For a growing number of people culture represents a main motivation for their holiday decision. Therefore, cities and regions increasingly use the possibility to highlight their cultural offers to draw tourists also during low season to their destinations. Cultural tourism plays a decisive role to increase the touristic capacity utilisation. ITB Berlin is also taking this topic into account. Therefore, national as well as international exhibitors present their services and products of this particular segment to the public and trade visitors in hall 10.2.” 

Par ailleurs l’écologie et les exigences environnementales ont fait plus que percer. Elles constituent une nécessité incontournable. Segment réel du marché, ou simple affichage ?  : “ECOtourism stands for a touristic reorientation. It centers travel products which make a contribution to the protection of the environment and to the well-being of the guest population. Qualitative high-value journeys which allow sensual nature experiences and a personal insight into the culture of the guest country. ECOtourism offers an international panel and an advertising platform for products, offers, and concepts that target a sustainable development in tourism.




Mais revenons à la destination allemande. Le moins que l’on puisse dire est que l’état fédéral est optimiste : 

«En 2011 la destination Allemagne a battu son record de l’année dernière et enregistré 63,6 millions de nuitées de touristes étrangers. Avec 330,3 millions de nuitées de touristes allemands, l’Allemagne reste la destination préférée des Allemands. Nous souhaitons dépasser la barre des 400 millions de nuitées» déclarait Ernst Burgbacher, secrétaire d’Etat parlementaire après du ministère fédéral de l’économie et de la technologie, en charge des classes moyennes et du tourisme. Tandis que Pétra Hedorfer, directrice de l’Office national ajoutait : 

«Ainsi en 2011 l’Allemagne est, avec une croissance d’environ 5%, la seconde destination préférée des Européens, juste après l’Espagne (environ 10%). D’après les données provisoires d’IPK international, ce résultat lui permet de creuser l’écart avec la France (environ 2%).» Dans un esprit d’entente cordiale européenne, voilà donc la France prévenue.

Justement, le site de l’Office national du tourisme, dans sa version française se pare des couleurs de la culture et de la nature et dispose même d’un blog spécialisé pour la présentation des actualités culturelles et muséographiques. Je conseille à chacun de le visiter régulièrement. Avec le site du CIDAL et les informations régulières que je donne sur mon profil facebook, c’est un bon moyen de suivre l’actualité culturelle, si on se fonde sur l’événementiel pour organiser un voyage. Explorez-le, cherchez y les villes et les sites. On peut même se demander à un certain moment s’il ne s’agit pas plus d’un site de valorisation patrimoniale qu’un site de services touristiques. On comprend par contre cette réserve et cet esprit généraliste quand on sait que ce sont les Länder qui sont maîtres de leur politique touristique. Ce qui veut dire par conséquent que l’on doit explorer région par région pour aller dans le détail. Ce que nous ne manquerons pas de faire dans les mois à venir, en fonction des événements en cours.


Parc de l'Eifel

Le patrimoine au premier plan

Rien d’étonnant donc, dans cet esprit fédéral à ce que l'office du tourisme mène, jusqu'au 15 mars, une enquête visant à établir les 100 sites touristiques préférés des visiteurs étrangers en Allemagne. Traduite en 26 langues, cette enquête est accessible depuis le site Internet et depuis Facebook. Les résultats seront utilisés pour développer une application pour smartphone. 

Complémentairement, depuis le 28 février, le ministère fédéral des Affaires étrangères présente l’exposition «Welterbe in Deutschland», qui illustre la beauté et la diversité des sites allemands classés au Patrimoine mondial de l’UNESCO. Cet événement fait partie des festivités organisées à l’occasion du 40e anniversaire de la convention pour la protection du patrimoine mondial, culturel et naturel. «Préserver la culture et entretenir le Patrimoine mondial forge l’identité culturelle», a souligné de son côté Cornelia Pieper, ministre adjointe aux Affaires étrangères, en inaugurant l’exposition qui sera ouverte au public jusqu’au 13 avril 2012, du lundi au vendredi, de 10 à 20 heures.



Les chemins de traverse

Quoi d’autre ? Depuis que la commission européenne a mis en avant la pertinence du site mis en place par l’European Travel Commission, je ne manque pas de regarder la manière dont les destinations sont présentées. Dans la version française du site on peut ainsi lire : 

«L'Allemagne a tant de choses à vous faire découvrir. Facile à visiter tout au long de l'année, vous découvrirez des trésors culturels et des richesses de modernité. Le paysage de l'Allemagne est aussi diversifié que tout autre pays au monde. Depuis les stupéfiantes montagnes alpines qui abritent le Zugspitze, le sommet le plus élevé d'Allemagne avec ses 2.962 mètres, fournissant un domaine idéal pour les randonneurs en été et les skieurs et surfeurs en hiver; jusqu`aux 38 kilomètres immaculés de plages de sable doré sur l'Ile de Sylt et le Parc National de Wattenmeer au Nord. Ou encore la Forêt Noire, qui ne regorge pas seulement d'une faune et d'une flore odorante, mais aussi de mythes et légendes de fées et de lutins qui y résident. Les grandes villes allemandes ne manquent jamais d'enchanter les visiteurs curieux.» Je laisse les lecteurs juges de la pertinence de ces évidences et de l’imagination du style.

Si vous voulez aller plus loin, rendez-vous donc de préférence sur les sites des Länders et ne manquez pas de regarder des offres que les itinéraires culturels qui traversent l’Allemagne vous proposent.

Trois routes dont les initiatives sont nées en Allemagne et bénéficient d’un management dans leur pays, mais concernent de cinq à dix pays européens, représentent de très bons exemples d’un lien réel entre le patrimoine, la culture et l’économie touristique.  Il s’agit de l’itinérairede la brique gothique, lié en grande partie aux Villes de la Hanse, de celui des forteresses de la Baltique et enfin de celui qui porte sur les théâtres historiques.



Opéra margrave de Bayreuth


Ne manquez pas bien sûr de visiter les sites web des itinéraires reconnus par le Conseil del’Europe et dont certains, au-delà de leur remarquable pouvoir symbolique et des actions de citoyenneté européenne qu’ils savent mettre en œuvre, présentent des offres touristiques. Nous y reviendrons plus en détail. Il s’agit principalement de la Via Regia (voir site en anglais), de Transromanica qui comporte de réelles offres de tourisme alternatif, en particulier cyclable, des Villes de la Hanse dont les offres sont très dispersées et bien entendu des chemins pédestres, dont ceux vers saint Jacques de Compostelle, et depuis peu, du Nord de l’Allemagne vers Trondheim sur les routes de saint Olav.



Eglise de Jerichow - Route de l'art roman en Saxe-Anhalt


La mémoire au centre du jeu

Les routes sont ouvertes. Je suis resté volontairement assez classique et patrimonial, puisque le mot d’ordre fédéral est bien là…mais les innovations alternatives sont nombreuses et chacun peut prendre les chemins de traverse le long de l’Elbe en vélo, en parcourant les sites industriels de grands bassins sidérurgiques et miniers où se sont constitués des festivals et des musées, à l’intérieur même des grands halls des usines, pour ne pas parler des lieux du Bauhaus et des jardins historiques et contemporains qui ont su se relier par une route de rêve…le Gartentraüme.

Au fond la réunification de ce pays est récente. Le projet de la Via Regia, grande transversale venue d’Ukraine est une réponse fabuleuse à ce travail de reprise de mémoire qui continue chaque jour autant par des reconstructions, que par des expositions ou des centres qui explorent les archives les plus récentes ; celles de la période nazie, comme celles de la période communiste. Une ville comme Weimar, reliée à Buchenwald reste tout autant un symbole que la ville de Berlin réunifiée. Le tourisme de mémoire, comme le tourisme vers les racines, à la recherche des lieux de l’émigration est lui aussi un domaine que des associations et des villes ont su mettre en valeur.


 Maison de Hundertwasser à Magdebourg

Culture, vous avez dit culture ? 

«Rien ne fausse plus perfidement la figure de Goethe que l'image sereine que l'on s'en fait communément (en France du moins). Cette sorte de félicité suprême, où se maintenir impassible et souriant dans une région inaccessible aux orages, n'est pas la sienne. Son spinozisme ne va pas jusqu'à chercher à se soustraire aux passions… Au contraire, il s'abandonne d'abord à chacune, sachant s'en instruire, et ne cherche à s'en délivrer que lorsqu'elle n'a plus rien à lui apprendre. Son but, s'il en eut un autre que celui de vivre le plus possible, c'est de la culture, non le bonheur.». La phrase est d’André Gide.