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mercredi 1 mai 2013

Tourisme religieux en Europe. I / Marcher sur les nouveaux chemins


Depuis que j’ai participé il y a quasiment une année à la rencontre « Carrefour d’Europe » à Pavia en Italie, j’ai eu l’impression de rester un peu sur ma faim. Les routes religieuses s’y sont bien rencontrées, mais n’étaient au fond invitées que pour parler chiffres et technique. Alors que je m’apprête à participer à la seconde édition de ces carrefours qui aura lieu cette fois à Toulouse, je voulais m’interroger sur le tourisme religieux tel qu’il s’exprime, souvent au-delà des religions elles-mêmes, dans le contexte européen.



Publier


Je suis toujours ravi de recevoir dans ma boîte à lettres une enveloppe en papier contenant une revue imprimée avec de l’encre dont les photographies en couleurs font rêver. Une revue que je peux extraire, feuilleter, laisser sur ma table, reprendre quand je le souhaite, puis classer dans ma bibliothèque où elle restera là pour quelques années à dialoguer avec des romans qu’elle va – à force de cohabitation - découvrir au cours du temps et qui vont, je l’espère, la contaminer et la subvertir. Mystère insondable des bibliothèques où se jouent des drames secrets qui font que les textes changent quand on les reprend plusieurs années après les y avoir déposés. Je sais, j’ai l’air de me contredire ! Je me suis en effet parfaitement habitué à l’immatériel. Je peuple moi-même de manière impénitente et parfois répétitive l’espace numérique et les revues dont je suis un abonné s’y soumettent aussi ! Elles sont, à leur tour, devenues téléchargeables. Je les emporte donc avec moi dans des dossiers virtuels où elles ne voient plus personne, où elles ne savent même pas si elles ont une existence réelle et quel rapport elles entretiennent encore avec ceux qui, un jour, en ont écrit les textes. J’espère qu’elles y rencontrent tout de même des logiciels espions qui cherchent à savoir si elles ne complotent pas à déstabiliser le monde. Si le monde savait ce qu’est réellement le pouvoir de l’écriture et se souvenait du rôle révolutionnaire qu’a eu le premier ouvrage sorti des presses, les logiciels espions seraient encore plus nombreux !

Tout cela pour dire que je remercie sincèrement Gaëlle de la Brosse et ceci doublement : à la fois pour avoir pensé à moi dans ma retraite strasbourgeoise et pour m’avoir redonné l’envie de feuilleter un numéro – hors-série comme on dit – qui parcourt les nouveaux pèlerinages contemporains (Marcher sur les nouveaux chemins. Pèlerin Hors-Série et carte Michelin Les nouveaux itinéraires du sacré. Avril 2013). Je remercie également Luca Bruschi de m’avoir suggéré d’écrire un article qui parle de la spiritualité, celle de la purification du chemin et de la purification de l’eau en remontant ainsi aux origines, quand la source elle-même était un lieu de pèlerinage et de purification. Je vais me préparer ainsi à faire le lien entre plusieurs itinéraires européens. Cet article paraîtra dans le prochain numéro de la Revue Via Francigena qui sera présenté le 8 juin prochain al Colle di Val d’Elsa.La concomitance des deux événements m’a obligé à revenir sur mes pas et de remplir un vide dans lequel m’avaient laissé les présentations de Pavia.



 Arrivée à la Cathédrale de Compostelle

Vingt-cinq années


Vingt-cinq années après ! Vingt-cinq années d’une recherche échevelée de l’effort et du dialogue, d’une célébration inlassable et quotidienne du partage par des millions, que dis-je des dizaines de millions de pèlerins et de marcheurs ? Et puis il faut bien le dire, une réelle déception devant une célébration purement diplomatique de l’itinéraire culturel européen face la cathédrale de Compostelle en octobre dernier. Une célébration un peu fantomatique loin des pèlerins eux-mêmes et des associations qui les aident à s’approprier un effort complexe, à lui conférer de l’élan. Mieux que rien ? 


De quoi donner cependant la nostalgie de la célébration  inaugurale et de celle du vingtième anniversaire où la Place de la cathédrale de Saint Jacques de Compostelle était noire de monde et écoutait les paroles des jeunes : anglais, français, castillan et galicien mêlés, de donner le regret de l’exposition qui a symbolisé à la fois toutes les valeurs rassemblées et tous les chemins dessinés pendant toutes ces années et qui n’a pu malheureusement être transportée ailleurs, regret enfin des rues marquées du nom de tous les itinéraires européens, dans toutes les langues de l’Europe : moments éphémères mais inoubliables. 



Octobre 2007. Les jeunes se préparent à la lecture de la Déclaration

Une émotion difficilement descriptible, faite de toutes ces rencontres à la fois, tant elle montait en puissance chaque jour de ce mois d’octobre-là, au rythme du retour vers les origines sous la bannière de l’Olivier, des Phéniciens euro-méditerranéens ou encore des moines clunisiens.


Les temps ont changé et les objectifs sont devenus autres, plus économiques sans doute, inscrits maintenant dans la nécessité de convaincre les décideurs que l’ordre et la méthode sont devenus prioritaires sur la spontanéité d’un succès démocratique laissant toute leur place aux usagers ! Sommes-nous donc devenus seulement des opérateurs touristes du pèlerinage au point de ne plus célébrer que pour laisser passer des autorités au premier rang, sans se soucier de laisser venir à nous des images, des souvenirs, tout l’imaginaire d’une Europe en mouvement ?



Octobre 2007. Exposition "L'Europe est le Chemin"

L’Hospitalité sur les chemins de pèlerinage fait pourtant partie de la définition même, dès l’origine. «Pendant longtemps elle a été considérée comme un geste charitable qui consistait à recueillir, à loger et nourrir gratuitement les indigents et les voyageurs en particulier les pèlerins. Exercer l’hospitalité c’était donc faire preuve de vertu». Native donc ! Elle est là dans son expression la plus pure, comme valeur chrétienne et comme un moment de l’aménagement de la Route, qui rend la Foi plus sûre, mais aussi plus solide, comme si l’accueil constituait un argument de la Route elle-même et comme si la Route établissait son tracé sur les étapes d’un partage dans lequel la santé morale, physique et intellectuelle qui est donnée ou restaurée s’échange contre une culture étrangère, mais dont les fondements profonds existent dans une transcendance vécue en commun.


Et la démarche qui a fait en sorte que ce même chemin de Foi et de Spiritualité soit aujourd’hui, en affirmant une laïcité, au-delà de la transcendance, un Chemin de dialogue européen, une sorte de laboratoire de (re)construction européenne à ciel ouvert, n’est pas seulement un signe tangible de modernité, mais une affirmation que prendre le Chemin, c’est abandonner des préjugés et être prêt à être « mesuré » par l’autre à l’aune de l’accueil.

Nouveaux Chemins ?


Lorsqu’on lit ce hors-série du Pèlerin on peut dire en effet que les temps ont changé et le voir, page après page par la variété des propositions. Et on se rassure très vite sur la permanence des valeurs, en lisant des témoignages de ceux qui marchent. Que ces marcheurs soient Immortels, garants de la langue ou de l’esprit européen ou qu’ils découvrent la fin d’un égoïsme et le début du dialogue en posant simplement un pas devant l’autre. Pour les suivre depuis vingt-cinq ans, je suis bien en effet persuadé qu’ils ont changé, mais dans le meilleur sens du terme, en gardant la flamme de l’esprit du voyage et en traçant peu à peu une totalité du pèlerinage historique dans la diachronie où les voies se succèdent, se croisent et se confondent.


Le portfolio qui ouvre le numéro est superbe. Il donne envie de prendre le sac et de découvrir l’Europe au plus vite. La célébrer dans l’effort des pentes et le soulagement des sommets. Prendre l’Europe à pleins poumons quand parfois son odeur politique nous empêche de respirer. Un moment parfait quand vient la semaine où l’on se souvient des grandes dates des Traités qui ont écrit l’Europe, de Londres à Rome.



Saint Martin sur la Loire, en revenant vers Tours

Et le choix aujourd’hui ne manque pas, en effet. Saint Michel dans la succession des sanctuaires perchés où la Jérusalem céleste dépasse le simple symbole, Saint Martin de Tours reliant les lieux de vie d’un soldat converti, évangélisateur et exemplaire d’un premier monachisme ouvert sur le monde, le Tro Breiz si cher à Gaëlle et qui invite à vénérer « Les Sept Saints Fondateurs de la Bretagne », Saint Gilles du Gard, jouxtant un chemin pédestre vers Saint Jacques, aboutissement de la Régordane et  regard jeté vers l’autre côté de la mer, vers la Terre Sainte et enfin Assise depuis Vézelay à l’extrême du symbole d’une Route de la Paix, d’une Via della Pace. On y croise aussi la Via Francigena, tracé symbolique de toutes les Routes vers Rome et on apprend à y reconnaître des marcheurs redescendus de Norvège, échappés des sentiers qui rejoignent un autre Finisterre dans le fjord de Trondheim - Nidaros.



Sur la Via Francigena


Phénomène mondial par la diversité des origines de ceux qui marchent. Phénomène européen par le réseau qui s’est mis à irriguer, grâce à de nombreux petits cours d’eau, des fleuves qui se sont affirmés dans un lit bien balisé vers Compostelle ou Rome, Nidaros ou Le Mont Saint Michel. Des milliers de marcheurs qui convergent, se côtoient, se choquent et parfois se gênent tant ils sont nombreux, mais qui se souviennent séparément de leur port d’attache tout en regardant tous ensemble le même but.  

En ce sens, l’esprit de ceux qui sont repartis après la Seconde Guerre Mondiale pour ressentir le soulagement de l’effet physique de traverser une frontière, est toujours là, même si leur frontière d’aujourd’hui est plus personnelle et moins politique. Les camps de prisonniers et les goulags européens se sont quasiment tous ouverts. Restent les barrières sociales, mais les chemins ont aussi permis de les estomper, le temps de la marche, dans le partage de la fatigue en ouvrant la voie à une meilleure compréhension. Un partage de la crise, aussi, dans une certaine mesure. Une prise en compte commune de la peur, même si elle a changé de visage.

« La vertu de l’ascension » comme l’écrit Jean-Christophe Rufin (Immortelle randonnée. Compostelle malgré moi. Editions Guérin. Avril 2013).dans un élan mystique auquel je préfère personnellement donner le nom de spiritualité. En caractérisant sa propre progression dans la longue marche sans rupture, sinon parfois la cassure du corps, il évoque aussi un pèlerinage bouddhiste, comme s'il avait peu à peu discipliné son corps et senti un souffle venu d’un ailleurs souhaité, depuis un monde qu’un président français nommait celui des forces obscures. Chacun continue en effet à trouver sa foi, étape par étape, aujourd’hui comme aux lendemains du grand drame. Chacun entretient à sa manière une conviction tremblante faite de morceaux de vie et d’espérances mélangées. L’immortelle randonnée nous renvoie aux origines. Quand prendrions-nous sinon le temps de faire cette recherche intérieure, autrement que dans la solitude d’une multitude en marche ? Quels autres itinéraires nous ramènent ainsi aux origines et à une sorte de confiance aveugle qu’il y a eu une histoire et qu’elle n’est pas terminée ?

Hospitalité

J’ai envie de redire (L’Hospitalité, fondement d’une culture européenne : le Pont de l’Europe. Arles, 1er Congrès Européen de l’Union Jacquaire 1er mars 2008) qu’il s’agit en quelque sorte d’un grand saut dans l’inconnu d’une vision européenne commune, mais dont on doit avec humilité, accepter les différences locales, à l’épreuve des identités ouvertes. Je ne peux donc que me féliciter du fait qu'en vingt-cinq années se sont ajoutées d’autres voies de pèlerinage vers d’autres sanctuaires, certains plus anciens, certains plus récents, d’autres parallèles, complémentaires ou alternatifs, ou qu'on cherche de nouveau à explorer les grandes voies du monachisme, de l’Ouest, comme de l’Est. Cette diversité conforte la démarche européenne en dressant une carte certes complexe, mais vivante et mouvante, d’une Europe en marche, trouvant à la fin la victoire de l’Hospitalité contre l’Hostilité et redécouvrant l’aménagement du territoire, comme une intelligence du paysage pour celui qui en devient un hôte.



La Route de l'Olivier à Compostelle

Si on retourne à l’anthropologie de l’Hospitalité, il est important de suivre quelques bons guides. Par exemple, le terme est ainsi relu par les quatre-vingt-dix auteurs réunis par Alain Montandon  dans l’ouvrage « Le livre de l’hospitalité. Accueil de l’étranger » publié aux Editions Bayard en 2004. Les réflexions de Michel Serres, de Paul Ricoeur, de Michel Foucault, de Marcel Mauss y côtoient celles sur deux auteurs liés par l’espoir : Emmanuel Lévinas et surtout Jacques Derrida, qui sont au cœur de l’anthropologie d’une valeur qui se rattache à d’antiques lois religieuses et à une éthique du comportement. 

L’universalité ou encore le caractère infini de l’Hospitalité que Lévinas professe, constitue l’exact contraire du racisme et souligne l’infini des massacres qui ont tenté d’effacer, de rayer plusieurs types d’Autres inacceptables ou « inaccueillables », si on peut tenter ce néologisme: entre autres le Juif, le Tsigane, l’Homosexuel, le Communiste en régime fasciste et son double, le Dissident en régime communiste...  «Ami, nous ne savons comment vous appeler; serait-il indiscret de vous demander votre nom ? - Ma foi, je nourris moi-même quelque doute à ce sujet. Mettons que vous m’appellerez « Guest » ou Hôte » écrit William Morris dans « Nouvelles de nulle part » en 1891.

« Parvenu au terme du voyage, je me suis dit que je n’étais pas arrivé ; j’ai compris que le but n’était pas matériel. » dit encore Jean-Christophe Rufin. Beaucoup le disent avec lui. Voilà sans doute ce que signifie, au plus profond, ce nouveau tourisme que l’on dit "culturel et religieux".

samedi 6 octobre 2012

Saisonnalité touristique : le jour d’avant et le jour d’après

Inutile d’insister sur le fait que l’un des cercles dans lesquels le tourisme est enfermé reste celui de la haute saison. Même si la situation évolue lentement en raison de l’augmentation du pourcentage des populations européennes qui peuvent choisir du fait de la retraite active la période la plus agréable pour partir en vacances, l’été et le plein hiver restent des musts. Un nouveau cercle, vertueux celui-là devrait être créé. Il est souhaité par toutes les instances mondiales qui traitent du tourisme, mais peine visiblement à voir le jour. Comme l’indiquait clairement Zelijko Trezner, représentant la plus importante association des professionnels « The European Travel Agent’s and Tour Operators Associations » ECTAA lors de la première session de la Journée Européenne du Tourisme : « …la profitabilité commence quand on peut augmenter la saison d’une journée avant et d’une journée après. »


Itinéraire de Saint Martin en bord de Loire (Photo CCE Saint Martin de Tours)
Cette constatation a été en quelque sorte déclinée tour à tour, comme une variation mélodique, par le représentant du thermalisme médical, celui de la Fédération Europarc, la Présidente du Réseau NECSTOUR, ou encore les responsables de projets qui ont reçu un appui de la Commission européenne dans le cadre du programme CALYPSO (Projet EST European Senior Travel et projet FETE First European Travel Experience). Une expérience de terrain a été également bien illustrée, celle des Highlands d’Ecosse.
On peut trouver tous les powerpoints de ces interventions sur le site de la Commission européenne.

Saisonnalité : des évidences oubliées ?

Ceci dit, un certain nombre de constats ont été dressés depuis déjà de nombreuses années et sont devenus des évidences.  Celles-ci sont pratiquement toutes liées à un retour à certaines initiatives alternatives nées à la fin des années soixante, lors du premier refus des politiques globales par les baby-boomers. Elles prenaient en partie leur source dans l’esprit de découverte par le voyage qui existait dans les classes aristocratiques à la naissance du tourisme et qui ont été trop longtemps mimées ou caricaturées par la standardisation des offres de visite des lieux emblématiques du Grand Tour ou de la transformation des grands sites en icônes universelles.

Pour reprendre une remarque de Rachid Amirou : « Démocratie et démocratisation culturelles ne vont pas de pair, leurs relations sont bien plus complexes et subtiles. » Ce qui veut dire que parallèlement à « une implosion de la notion de culture », pour reprendre une expression du même auteur, on a assisté à une implosion de la notion même de tourisme et que l’on commence seulement à tenter de rassembler de manière sensible et intelligente les éléments disloqués lors de cette implosion, segments qui ont été trop longtemps vendus séparément, grâce à un marketing agressif, comme s’il s’agissait d’un tout, prêt-à-consommer hors de leur contexte. Cela se nommait : le centre-ville séparé de son territoire, le monument séparé de son époque historique et la route parcourue sans la connaissance du paysage. 

Les jeunes du Centre de Culture Européenne sur les Chdemins de Saint Jacques

Je ne citerai que quelques-unes de ces évidences qui ont été présentées souvent naïvement, un peu comme des découvertes de dernière heure, par des opérateurs qui ont été certainement habitués trop longtemps à l’évidence d’un marché touristique dont ils pensaient qu’il allait croître indéfiniment dans un monde où l’énergie semblait inépuisable, où le temps des loisirs semblait indéfiniment extensible et où la richesse individuelle devait atteindre toutes les catégories de populations et surtout, depuis 1989, dans un monde réconcilié qui connaissait enfin la fin de l’histoire et des totalitarismes.
Malheureusement c’est plutôt le chômage et la pauvreté qui constituent depuis plus de trois ans un fait de société dominant. La « société des loisirs » est devenue aujourd’hui une « société de la crise » où l’activité économique doit être inventée sur de nouvelles bases. De ce fait, l’offre touristique doit évoluer et s’adapter constamment en raison d’une demande qui change lentement mais inéluctablement de nature en revisitant le passé avec l’aide de nouveaux outils de découverte utilisant les nouvelles technologies. Les prises de conscience communautaires de différents types : la création de nouvelles solidarités, la nécessité du partage des valeurs fondamentales, des connaissances et des ressources, la prise de conscience de la nature anthropologique de l’hospitalité, la conscience écologique diffuse mise en pratique à l’échelle locale, pour n’en citer que quelques-unes aboutissent lentement mais sûrement à de nouveaux paradigmes économiques dont les responsables des activités touristiques ne prennent que trop lentement conscience.
Nouvelles solidarités. Campagne Toscani pour Benetton

Ai-je besoin de redire enfin que le programme des itinéraires culturels du Conseil de l’Europe dont il n’a été question que de manière marginale cette année au travers du seul exemple de la logique durable développée par le programme Odyssea, offre depuis l’origine, c’est-à-dire depuis le milieu des années quatre-vingt,  des modèles alternatifs adaptés à toutes les grandes interrogations géopolitiques et anthropologiques des trente dernières années. Sur cette utopie réaliste se sont greffées de nombreuses initiatives qui répondent de manière diversifiée, créative, adaptative et dynamique aux intentions des créateurs de ce programme. Pour beaucoup d’entre elles, elles répondent même très directement à la question de la trop forte saisonnalité du voyage et auraient certainement dû être invitées à présenter leurs démarches. Car la réponse n’est pas seulement - et de loin – purement touristique. Elle est éthique et doit mettre en œuvre « une nouvelle conception de la rencontre et de l’itinérance tout au long de la vie », un peu comme on parle d’une « formation tout au long de la vie ». 

Exposition du XXe anniversaire des Itinéraires culturels. Saint-Jacques de Compostelle
Dans ce cadre évolutif, je suis de plus en plus persuadé que le secteur touristique n’échappe encore en partie à la « crise » que du fait des situations économiques et sociales très différentes selon les continents. Les pays dits émergents, dont certains constituent des réservoirs extraordinaires de « touristes de masse » potentiels, ne sont entrés que depuis très peu de temps dans la phase des loisirs organisés et standardisés que nous avons connue en Europe et aux Etats-Unis il y a quarante ans. Cette aspiration légitime au « voyage dépaysant » vers l’Europe, des Chinois, des Indiens, des Brésiliens, en particulier, va donc servir de tampon pendant encore une petite dizaine d’années pour que les grands opérateurs survivent en consolidant des pratiques de concentration du capital, des moyens et des services qu’ils ont mises au point et éprouvées pendant des dizaines d’années. Les nouvelles pratiques du « low cost » adoptées par les jeunes, puis progressivement par toutes les générations et même les secteurs d’activité les plus divers qui devaient réduire leurs dépenses et serrer leurs marges, constitue également un autre tampon qui a dans un premier temps aidé la démocratisation du voyage, avant d’apporter une marge profitable aux compagnies traditionnelles qui s’en sont emparées. Elles sont donc elles-mêmes également en train de trouver leurs limites.

Mireille Perano, Réseau NECSTOUR
La pratique des réservations directes, des voyages à la carte, des informations par le « bouche à oreille » circulant sur les réseaux sociaux font toutes inéluctablement chuter l’activité des intermédiaires tels les agents de voyages réfugiés dans le sur mesure haut de gamme. Par contamination, elles vont atteindre tous les grands empires qui se sont construits dans ce que l’on nomme encore l’industrie touristique. Alors ?

Saisonnalité : répondre à la demande des tribus

Prenons l’exemple tout à fait éclairant des opérateurs touristiques. La Fédération ECTAA que je citais au début de cet article compte aujourd’hui 31 associations affiliées dans 29 pays européens qui représentent 77.000 entreprises et 300 milliards d’euros de chiffre d’affaires. Impressionnant ! Mais quelle est la réponse de ce secteur professionnel clef à la question posée de la saisonnalité ? Je paraphrase : « Nous sommes les meilleurs garants du contrôle de la demande du consommateur, nous pouvons l’orienter et agir pour diversifier les clientèles car nous ne sommes pas seulement des intermédiaires dans une filière professionnelle comme il en existe dans d’autres secteurs industriels, mais nous sommes des interfaces entre les fournisseurs et les différents segments du marché. Autrement dit nous pouvons agir directement sur cette demande en atteignant directement ceux qui cherchent les prix les plus étudiés, comme en localisant les clientèles les plus pointues et les plus exigeantes qui cherchent l’inconnu, le peu connu ou l’exclusivité. »


Zelijko Trezner. ECTAA
Le délégué de cette fédération avoue cependant avec peut-être un peu de naïveté : « Quand on est un intermédiaire, il y a toujours quelqu’un qui cherche à vous éliminer, il faut donc trouver des partenariats. » Il n’a malheureusement pas détaillé la répartition des chiffres d’affaires entre les grands groupes et les franchisés d’un côté et les petits opérateurs spécialisés de l’autre, car c’est sur ce point que l’on aurait pu discerner si un véritable basculement vers la specialisation est en train de se produire.  

Je vais prendre le temps de détailler dans un article à venir les autres interventions qui traitaient pour leur secteur de la même question, mais au moins trois d’entre-elles m’ont amené à mettre d’abord l’analyse de la saisonnalité du tourisme en perspective. Elles concernent le nouveau public touristique des villes thermales sur lequel je travaille aujourd’hui avec un réseau européen ouvert sur le patrimoine et la culture EHTTA, mais aussi les initiatives qui concernent les publics qui voyagent pour la première fois et enfin les amateurs de grands espaces naturels.
Dans les années soixante et soixante-dix, j’avais l’habitude de faire chaque année un certain nombre de voyages avec des monomaniaques : les amateurs de jardins alpins français et les membres de l’Alpine Garden Society anglaise, les naturalistes parisiens, les membres de la Société Botanique de France ou de la Royal Horticulture Society. C’est vers ce type de public là et ceux qui leur ressemblent en raison de leur intérêt exclusif pour… la céramique, les affiches, les champs de bataille ou les livres rares, que d’une certaine manière la Fédération des opérateurs va conseiller aux professionnels de se tourner. Ils représentent en effet un pourcentage très important de professionnels et d’amateurs, parmi lesquels des jeunes et des retraités qui voyagent lors des premières étapes de la floraison dans les Jardins et les Parcs, mais aussi dans les grands espace naturels au moment de la fonte des neiges, ou dans le moment des floraisons d’automne, quand les oiseaux ou les poissons migrent et quand les insectes muent. Ou bien encore qui se déplacent pour les fêtes votives, les salons du livre, les rassemblement des « Tall Ships » oo les reconstitutions historiques. Ils ont un comportement écologique, une démarche durable, une volonté de protéger les espaces qu’ils explorent ou dont ils reproduisent souvent les caractéristiques en miniature à portée de chez eux et s’associent à la conservation du patrimoine immatériel. De plus, ils se déplacent en groupe et cherchent une aide pour l’organisation de leur voyage. Ce sont, en toutes circonstances de vrais voyageurs « désaisonnalisés ».

Berneix, Haute Savoie, France
J’ai eu également l’occasion, dans les mêmes années, en raison de mes activités touchant à la création textile de me lier d’amitié avec un certain nombre de néo artisans qui accueillaient des stagiaires dans des espaces souvent éloignés des lieux traditionnels de vacances, ce que l’on nomme les arrières pays. L’accueil à la ferme à une époque où les activités agricoles de petites entreprises familiales étaient encore notables, faisait partie de l’offre alternative, ainsi que celles offerte par des citadins "retournés à la campagne" qui cherchaient à relancer une activité agricole en grande partie rêvée.  Elle existe toujours dans les agritourismes, même si l’offre est aujourd’hui différente et résulte aussi d’exploitants plus traditionnels, voire adeptes de l’agriculture intensive, qui n’arrivent plus à équilibrer leurs revenus et leurs charges et ont besoin d’un revenu touristique, à l’égal des pêcheurs côtiers qui emmènent des touristes avec eux et les font participer au travail.

Les experts du tourisme culturel tel Greg Richards pointent de nouveau du doigt ces pratiques qu’ils découvrent avec quarante années de retard, en expliquant qu’elles constituent une mutation vers un tourisme des sens, sinon « sensuel », un tourisme actif et participatif. Je cite : « We also need our grounding in tourism as an everyday experience in order to be able to appreciate the differences by the host culture. This applies to all aspects of the culture, not just the commanding heights. As J.B. Priestly remarked: “A good holiday is one spent among people whose notions of time are vaguer than yours” – in other words it is the practice of everyday life that makes a culture different and attractive to many cultural tourists, not just specific attractions

Saisonnalité: la révolution de l’espace-temps

Bien évidemment, la phrase clef du texte de Greg Richards concerne la notion du temps, ou pour mieux dire l’utilisation du temps dans un contexte qui devient « exotique » durant les vacances car il ne correspond pas au temps des villes d’où proviennent les touristes, mais à un temps qui se rapproche de celui de la société traditionnelle. Le temps du pêcheur, de l’agriculteur, de l’artisan, du retraité n’ont rien à voir avec celui du salarié citadin actif et on peut s’étonner que l’ensemble des communications de la Journée Européenne du Tourisme n’aient pas été précédées d’un tableau général de l’évolution sociologique du « capital temps libre » dans le monde occidental, tableau en face duquel des solutions pourraient alors être répertoriées et posées en cherchant à accompagner une évolution vers la durabilité et le partage.

Un exemple particulièrement frappant est celui qui concerne en France le traitement de la question des rythmes scolaires qui doivent toucher bien évidemment d’abord les enfants en leur évitant la surcharge de travail, mais qui tient compte le plus souvent avant toute chose de la réaction des parents. Un récent article, paru dans le Quotidien du tourisme sur la proposition de « zonage » des vacances d’été, souligne une réaction à la fois massive et contradictoire : « Selon un sondage réalisé par Lastminute.com, 74% des Français ne sont pas favorables au zonage des vacances d’été. Les raisons de ce désaccord sont multiples. Tout d’abord, les Français interrogés n’ont pas envie de se voir imposer leur période de vacances en raison de cette mesure instaurée par le gouvernement. En effet, 46% souhaitent choisir leurs dates de vacances et partir quand bon leur semble. D’autre part, 52% des répondants ne peuvent pas choisir leurs dates de vacances car elles leur sont imposées par leur employeur. » Autrement dit les Français veulent choisir, mais leur choix reste conditionné par la « valeur travail ». Ne parlons même pas des chômeurs. Une telle contradiction souligne bien qu’une mutation est en route dans une société où le temps est à la fois alterné et individualisé, mais réinscrit en permanence dans le temps mondial et universel et que cependant les logiques du temps posté prédominent encore. C’est je pense cet ensemble de contradictions qui doivent être prises en compte par les responsables des politiques touristiques qui travaillent sur cet espace privilégié du voyage et des vacances que constitue depuis des centaines d’années, le territoire euro-méditerranéen.
Ce n’est pas du pédantisme que de rappeler des évidences sociologiques sur la « création », la « construction » et l’évolution des territoires de vacances et de la manière de les atteindre. Jean Viard écrit : « Le tourisme est un mode de production territorial nourri par la mobilité, donc la comparaison. Il bouleverse les usages sédentaires des territoires par ce fait même, en imposant progressivement son propre marquage comparatif et inscrivant chaque lieu dans ce qu’on peut appeler « une culture du paysage ». Et plus loin, après avoir décrit le passage du tourisme religieux, au tourisme aristocratique, puis au tourisme de « station », il ajoute: «…le train accentua ces processus, organisant les migrations rituelles saisonnières d’une partie des élites entre les stations d’hivernage, la saison des spectacles en ville, les stations où on allait prendre les eaux et les propriété agraires où l’on séjournait en période de récoltes et de chasse. Cette logique de cour sans monarque à l’échelle européenne fonda les hauts lieux du tourisme. » 
Au temps du thermalisme mondain
C’est cette logique en effet, étendue démocratiquement à des populations de plus en plus nombreuses, qui a créé les vacances migratoires des occidentaux vers quelques lieux correspondant à des typologies précises, dans un espace de temps concentré obtenu non sans difficultés par les conquêtes sociales. En décalque des périodes historiques précédentes on retrouve sur le continent européen (je n’évoque pas ici le tourisme exotique) : les stations balnéaires et thermales, les festivals, les grands rassemblements rock et pop et les compétitions sportives, les vacances de neige et le séjour à la campagne. Toutes ces catégories ayant été transcendées par le tourisme culturel et itinérant tel qu’il s’est peu à peu redéfini au sein d’un espace transfrontalier européen et euroméditerranéen. Dans ce cadre-là, la définition de la culture, au-delà de la culture légitime décrétée par une élite, se diversifie et peut être aussi bien une approche culturelle scientifique, que technique ou artistique. La pratique culturelle fondée sur un éventail totalement ouvert permet pendant les vacances une appropriation individuelle faite de coups de cœur et d’épanouissement des passions personnelles.


Musée Guggenheim Bilbao, Espagne.
Une fois ces bases posées, il reste encore à prendre en compte la révolution de la notion d’espace-temps qui nous est imposée par les nouvelles formes de circulation de l’information et qui est en effet en train de favoriser l’effet de tribus non seulement en matière de cercles d’intérêt, mais encore plus en matière de jugements collectifs. Les pèlerins modernes qui marchent vers Saint-Jacques de Compostelle ou Rome ne sont plus seulement des migrants partageant une démarche commune dont ils font le récit et le bilan une fois par an avec leurs semblables, quand ils sont revenus, mais des itinérants géo-positionnés qui communiquent en temps réel avec le reste des membres de leurs tribus. Et d’une certaine manière, à leur image, tous les migrants saisonniers qui se sédentarisent pour quelques jours ou quelques semaines vivent grâce à l’internet et le téléphone portable à la fois dans le lieu et le temps de leurs vacances, sans couper pour autant les liens avec le lieu d’où ils viennent et donc avec le temps citadin de leur famille étendue et de leurs amis, tout en partageant les espaces et le temps des vacances des autres membres de leurs tribus. Des démarches commerciales comme celle de « trip advisor » ont parfaitement compris cette spatialité multiple et savent en jouer pour le pire plutôt que pour le meilleur.

Cela se nomme pour une bonne part de la schizophrénie temporelle et spatiale, mais c’est en y regardant de plus près et en examinant donc les signes du changement profond du sentiment de l’espace et du temps - et seulement ainsi - que les professionnels pourront comprendre comment ils pourraient s’y adapter et définir de ce fait de nouveaux métiers.

Spa, du tourisme élitaire aux Francofolies

Autrement dit, pour reprendre l’exemple des itinéraires culturels qui constituent la plus grande avancée en matière de « voyages pour la connaissance », réconciliant temps historique et temps virtuel, espace rêvé et espace concret, ce ne sont pas ces itinéraires qui doivent s’adapter à l’industrie du tourisme, mais l’industrie du tourisme qui doit créer les nouveaux métiers et les nouveaux savoir-faire qui leur sont nécessaires pour qu’ils continuent à nous aider à comprendre où nous nous situons dans une continuité socio-historique continentale.
Le pré carré européen peut redevenir un espace narratif absolument incomparable, reliant sens de la responsabilité, sens du collectif, besoin d’identité tribale et compréhension de l’espace-temps. Mais en tant qu’espace touristique, les professionnels le voient encore selon le diagnostic qu’en donne Jean Viard. « Le cœur de l’Europe touristique occupe ainsi une zone plus ou moins dense de 1.000 kilomètres au sud de la « banane bleue », soit l’axe Londres-Milan déporté de Bilbao à la Costa Brava, la France quasi entière, le Nord italien, le littoral adriatique, demain la Mer Noire. »

Durant deux années, la Journée Européenne du tourisme avait donné le sentiment d’avoir pris en compte les démarches nouvelles du tourisme culturel transfrontalier, il faut espérer que les croisements de l’Europe sont encore d’actualité à Bruxelles.

Amirou R. (2000). Imaginaire du tourisme culturel. Presses Universitaires de France.
Buhalis D., Laws. E (2001). Tourism Distribution Channels: Practices, issues and transformations. London: Thompson Learning. (Professor Buhalis website: http://www.buhalis.com/ )
Richards G. and Raymond C. (2000). Creative tourism, ATLAS news, N°23, 16-20.
Richards G. and Wilson J. (2007). Tourism, creativity and development, Routledge, London.

Viard J. (2011). Eloge de la mobilité. Essai sur le capital temps libre et la valeur travail. L’aube.


lundi 2 avril 2012

Accueil en France


Il est bien sûr totalement impossible de donner un aperçu complet de la politique touristique de la France. Première destination du monde en termes de fréquentation, ce pays doit cependant défendre ses parts de marché car il n’est plus en tête pour ce qui concerne les dépenses quotidiennes des touristes.



Aéroport de Roissy

Il doit également s’adapter au fait que les destinations classiques seront de plus en plus structurées dans un maillage de destinations qui, sans oublier le contexte national, se défendent aussi – et peut être bientôt se défendront avant tout - au sein de réseaux européens, dans une Europe sans frontières. C’est le cas par exemple d’un ensemble de ville ports méditerranéennes et atlantiques ayant adoptées les caractéristiques d’accueil du réseau Odyssea, de villes de cures et de bien être appartenant à l’Association Européenne des Villes Thermales, des villes et villages étapes des chemins de pèlerinage vers Saint-Jacques de Compostelle, vers Rome, vers les Monts SaintMichel d’Europe ou reliant les sites liés à l’histoire de Saint Martin, et pour n’en citer que deux de plus, les villes et sites clunisiens, ou les villes  faisant partie des grandes routes cyclables



Les propositions se diversifient, aidées pour leur reconnaissance par la mention du Conseil de l’Europe, ainsi que par les financements, les initiatives comme les destinations EDEN et les différentes mesures du programme cadre de la Commission européenne. Elles s’appuient également sur les labels nationaux.


Les feux de la Saint Martin sur la Loire

Cette revue de détails méritera bien entendu plusieurs posts.

Mais les professionnels français bénéficient heureusement aujourd’hui d’une structure unique Atout France, qui veille sur la concurrence, fait la promotion à l’international, joue le rôle d’agence technique, forme tous les acteurs et gère une image globale en interface directe avec le public.



Ainsi, l'agence de développement touristique de la France, a annoncé, mercredi 28 mars, à l'occasion du salon professionnel Rendez-vous en France, à Paris, qu'un site internet ainsi qu’une application mobile (sur l'App Store ou l'Android Market) allaient voir le jour pour permettre aux touristes de s'exprimer en direct sur l'accueil des professionnels de l'Hexagone.


Port de Boniffacio 


Mais en attendant, le site internet Rendez vous en france com est aujourd’hui parfaitement opérationnel et s’adresse, en déployant une interactivité débordante faite de défilés d’images et de cartes généreuses et googleisées, à vingt-trois marchés dans le monde, des plus classiques comme les Etats-Unis, aux plus émergents comme la Chine, la Russie, ou le Moyen-Orient, et ceci dans quatorze langues, là encore des plus classiques comme l'anglais ou l'allemand, mais aussi le chinois, et le russe. Paris incontournable, la gastronomie française, les châteaux de la Loire, ou le voyage vers Nantes et son éléphant risquent de faire tourner, la tête aux deux sens du terme. Il vous faudra de toute manière ouvrir successivement une dizaine d’écrans avant d’aboutir à un thème précis tant l’offre est riche. Heureusement en bas de la page d’accueil on trouve la France en un seul coup d’œil et la tête s’arrête de tourner.


Le grand éléphant, les machines de l'Île, Nantes

En relais, le site met en œuvre sur demande un ensemble de fiches thématiques dans la série « France Guide » sur les événements, les thématiques et les destinations. Je vous recommande de visiter à titre d’exemple la fiche sur « Routes et Chemins de la spiritualité » pour comprendre comment ces renseignements pourraient être enrichies et diversifiées de toutes les propositions d’itinéraires culturels qui portent sur ce thème. Mais c’est certainement là un travail de conviction à entreprendre pour le long terme. Une tâche que peut envisager la Fédération française des itinéraires culturels


Piazza Beaubourg, Paris

Revenus sur la belle terre de France, il faut toutefois relativiser et tenir compte d’une enquête récente menée par Zoover, premier site indépendant d’avis de voyageurs en Europe et qui tente de répondre à la question : « Quels citoyens européens sont les plus accueillants ? ». Cette question a été posée à plus de 17.000 internautes issus de 23 pays différents. Verdict…

Commençons par nous réjouir pour les lauréats : « Les Autrichiens, avec près de 13% des voix, sont en tête du sondage. Les Espagnols et les Belges, avec plus de 10% de votes, viennent en deuxième et troisième place. Les Grecs savent rester sympathiques avec les touristes malgré la crise traversée par leur pays, ce qui leur permet d’atteindre la 4e place. Ils sont suivis par les Italiens et les Allemands. » Pleurons cependant avec les Suisses : « Les citoyens helvètes n’apparaissent pas, aux yeux des touristes européens, comme étant un peuple très accueillant. Avec 3,7 % des suffrages, les suisses arrivent bons derniers du classement. L’Angleterre ne déroule pas non plus le tapis rouge à ses visiteurs européens. Elle se positionne juste devant les Suisses et récolte la sympathie de moins de 5% des sondés… ».


Vignoble de Gevrey Chambertin

Et la France ? Elle a beau avec raison se flatter d’accueillir 80 millions de visiteurs par an, elle a toujours de gros efforts à faire en matière de réception des touristes. « En effet, les français n’ont obtenu que 4,5% de votes, ce qui ne la classe pas au Top 10 ! Ce sondage confirme donc les résultats d’une étude comparative commandée par le secrétaire d’Etat au Tourisme, Frédéric Lefebvre, qui dévoilait en novembre dernier que la qualité du « premier contact » lors de l’accueil des touristes en France était jugée insuffisante" (étude réalisée entre mai et fin août 2011 en France, en Espagne, en Allemagne, en Autriche et au Royaume-Uni, par l’institut TCI Research basé à Bruxelles.)


"La France est prospère grâce à Lourdes et Pigalle", disait Pierre Perret. Jules Michelet écrivait : « L'Angleterre est un empire, l'Allemagne un pays, la France est une personne. ». Une personne accueillante ?