dimanche 19 janvier 2014

Un weekend à Londres ou à Paris ? I / Le temps des amours contrariées

Il est toujours intéressant de voir naître une controverse entre des capitales européennes qui se vivent en complète concurrence touristique, au moment même où la Commission à Bruxelles réfléchit sur l’unité de la Destination Europe et sur les complémentarités des pays membres. Il est vrai que Londres et Paris, qui sont en quelque sorte devenues des sœurs jumelles intiment reliées par l'Eurostar, conservent des réflexes datant du moment où elles étaient encore des sœurs ennemies. Identités meurtrières pas mortes ? Qu’en est-il réellement ?



Polémique


Une polémique est née il y a quelques jours lorsque la capitale londonienne a décidé de publier ses chiffres de fréquentation touristique pour 2013 en volant ainsi la vedette à Paris qui n’avait apparemment pas terminé sa propre comptabilité ou dont les élus ont à faire face aux échéances rapprochées des élections municipales.

C’est semble-t-il l’article du Figaro du 16 janvier dernier qui a tout déclenché. « En 2013, encore plus de visiteurs se sont bousculés dans les allées du British Museum, première attraction de Londres, de la Tate Modern ou de la National Gallery. Ils se sont envolés dans les cabines de la grande roue London Eye ou dans les sombres couloirs de la Tour de Londres. Une affluence record permet aux dirigeants de la ville d'espérer pouvoir annoncer, ce jeudi, qu'en franchissant la barre des 16 millions de touristes étrangers, la capitale britannique aurait détrôné Bangkok et Paris en tête des villes les plus visitées sur la planète. Si les critères peuvent diverger, Paris avait accueilli 15,9 millions d'étrangers en 2012. New York se classe en quatrième position. »

Les raisons avancées ? Un effet très bénéfique de l’image jeune et positive donnée par les Jeux Olympiques et de l’image de stabilité familiale donnée par celle des cérémonies du jubilée, mais aussi une conséquence de la polarisation positive de certains quartiers à la mode qui entraînent ainsi le marché. Le West End a semble-t-il encore renforcé sa position : « Ces visiteurs dépensent beaucoup: 5 milliards de livres (6 milliards d'euros) sur les six premiers mois de 2013, en hausse de 12 %. Le West End, quartier du shopping, des restaurants et des théâtres, pèse économiquement plus que la City, et davantage que tout le secteur agricole britannique. » 
Et le quotidien d’insister sur le fait que les grandes expositions historiques comme celle sur « Pompéi » ou bien encore celle qui a été consacrée à la célébration d’une icône du rock et de la mode transgressive David Bowie, ont très largement contribué à ce succès.



Pour avoir fréquenté Londres assez régulièrement ces trente dernières années à la fois sur les Routes de la soie, sur celles des villes thermales et sur celles des écoles d’art, je ne vois là que la conséquence d’un mouvement progressif. 

La capitale anglaise a su imposer une nouvelle image de modernité faisant fi du passé, tout en gardant cependant son exotisme insulaire victorien et son esprit de liberté punk. Un exercice d’équilibrisme parfois un peu risqué mais qui est devenu payant à long terme. Je me suis même demandé personnellement il y a une dizaine d’années si je n’allais pas m’installer dans la capitale anglaise une fois ma retraite prise, en raison même de cette mobilité créative. Ceci dit je n’aurais pas choisi le West End, mais l’East End, voire Greenwich, dans ces quartiers où vivre au bord de la Tamise donne le sentiment  de faire partie de la famille des skippers qui attendent de repartir pour un Tour du Monde en un peu plus de quatre-vingt jours.

En tout cas, la municipalité parisienne a immédiatement répondu en contestant les résultats : 
« Les seuls chiffres à ce jour comparables sur la fréquentation touristique entre Londres et Paris sont ceux de 2012, les chiffres de 2013 n’étant pas encore consolidés. » 
Précisions supplémentaires : 

« En 2012, Paris (105 km²) a accueilli 29 millions de touristes (toutes nationalités confondues) contre 27,6 à Londres, les périmètres étant par ailleurs très différents puisque le Grand Londres (1 500 km²) couvre une aire à peu près comparable à la région Île-de-France. Les chiffres parisiens ne prennent pas en compte par exemple la fréquentation touristique du Château de Versailles ou de Disneyland Paris. » 

Visiblement, le mot handicap a bien été inventé par les anglophones.



Quelle cible ? Les Chinois bien entendu !


Ceci dit il est certain qu’un certain nombre de déclarations qui prennent pour cible successivement l’attitude trop respectueuse des journalistes français vis-à-vis du chef de l’Etat, la situation supposée catastrophique de l’économie française, la dénonciation du manque d’esprit entrepreneurial de la France qui ne disposerait pas du mot « entrepreneur » dans son vocabulaire et les prix élevés pratiqués à Paris se sont multipliées depuis plusieurs semaines. 

Ces déclarations, qu’elles soient ou non orchestrées, contribuent à forger les différences et à renforcer les préjugés. Qu’elles viennent de la Grande-Bretagne ou des Etats-Unis (Newsweek), elles vont toutes dans le même sens : « The Fall of France ». En un mot la France socialiste est mal gouvernée et le Paris socialiste en est le plus évident symbole car l’insécurité y augmente et l’agressivité quotidienne des Parisiens ne fait qu’augmenter. Il n’est pas jusqu’à Scarlett Johansson qui fasse part de ses déceptions : 

« L'actrice évoque alors la façon de marcher « frustrante » des Parisiens. « Je suis new-yorkaise et je suis une experte de la marche [...]. On doit se déplacer, s'éviter les uns les autres, c'est toute une chorégraphie. [...] Je suis devenue vraiment agressive avec les gens maintenant et je m'en fiche! ». La star vit pourtant en grande partie à Paris.

A ce propos on n’a pas vraiment mesuré l’effet touristique induit comparatif des films de Woody Allen, dont Johansson est devenue la muse depuis quelques années, ces films tournés à Londres et à Paris, comme on l’a fait à propos de Rome et de Barcelone en mettant en avant un effet d’image positif sur le nombre de visiteurs. « To Rome with Love » est pourtant aussi mauvais ou aussi bon que « Midnight in Paris », en tout cas aussi « cliché », mais qu’en est-il de « Vicky Cristina Barcelona » ou de « Scoop » qui étaient de meilleurs films. Il semble que les revues touristiques se soient un peu égarées dans des comparaisons hasardeuses, même s’il est vrai que les capitales qui ont accueilli le cinéaste à bras ouverts espéraient des retombées et que les films ont alimenté les commentaires transatlantiques de touristes du week-end attirés par ces clichés qui les rassurent et leur proposent une identification facile. 





La foule concentrée à Montmartre autour de la Place du Tertre le 1er janvier dernier, alors que tous les musées parisiens étaient fermés, montre bien que les clichés ont la vie dure et que beaucoup des touristes s’attendaient visiblement à ce que Picasso apparaisse devant le Bateau-Lavoir pour aller prendre une bière au café du coin. Mais en fait, ce ne sont pas les Italiens, les Espagnols, les Anglais ou les Américains qui sont visés par ce combat à base de communiqués ; ce sont aujourd’hui les visiteurs venus de Chine qui font la différence.



Atmosphères


Alors, si la querelle entre les deux capitales disparaît aussi vite qu’elle est apparue, il restera peut-être un simple sentiment d’amertume qui finira par se dissiper. Les équipes municipales changent et leurs politiques avec elles. Dans tous les cas, pourtant, il n’est pas mauvais de profiter de ce débat ponctuel pour faire des comparaisons sentimentales ou plutôt, pour mieux dire, engagées et personnelles. J’aime les deux villes d’amour, mais je ne peux pas oublier que je suis né à Paris et que j’y ai vécu quarante-six ans de manière quasi continue.

Lors de mes deux derniers voyages en Grande Bretagne en 2012, je n’ai pas pu retenir une réflexion née d’une évidence, celle du succès populaire des expositions d’art que j’ai visitées en particulier celle de la Tate Modern : 

« Je crois que l’environnement de la capitale joue également pour beaucoup. Que l’on vienne de la rive droite en franchissant la passerelle du millenium ou bien que l'on marche depuis la station de métro de Southwark en découvrant une série de nouveaux bâtiments en vente dont l’ameublement design est déjà installé et visible par les fenêtres ouvertes, la capitale anglaise donne un sacré coup de vieux à sa sœur française qui semble reléguée par comparaison à devenir peu à peu un simple musée à ciel ouvert, écrin trop précieux pour un patrimoine prestigieux. A Londres, Foster semble entraîner dans son sillage un surgissement de formes inusitées qui se désignent les unes les autres comme dans un concours, inusitées au moins sur le « vieux continent » que je connais. »



Sans trop d’exagération, c’est un monde tout nouveau que j’ai découvert après seulement cinq années d’absence, comme si je me trouvais tout à coup en présence de la ville de « Play Time » de Jacques Tati après avoir quitté peu de temps auparavant les quartiers du XVIIIe siècle qu’avait connus Jane Austen. En fait je dois à la vérité que les deux aspects cohabitent toujours, mais le spectacle d’une ville nouvelle, moderne et libérale, spéculative et libérée m’a saisi après une dizaine de kilomètres à pieds et cinq musées parcourus en deux jours. Une image en tout cas très éloignée de celle que m’avaient donnée les étudiants à la fois punks, drag queens et fans de Derrida et Bourdieu du Goldsmith College ou bien encore celle de la foule du Carnaval de « Notting Hill » dans les années 90.

J’avais aussi écrit au printemps 2012 : « La schizophrénie fait parfois partie du charme des villes…et comme dans les romans, le meurtrier qui se cache derrière les jardins fleuris, termine ses confessions en justifiant sa disparition prochaine… ». Je ne pouvais pas oublier la présence à Londres des personnages doubles de Robert Louis Stevenson.



Pour ce qui concerne Paris que j’ai véritablement parcouru en touriste ces dix dernières années, en changeant de quartier pratiquement à chacun de mes séjours, je m’y suis senti peu à peu lentement bercé et conforté dans la longue durée de mes souvenirs. Est-ce que ce sont mes propres traces dans cette ville qui sont forcément nostalgique ? Est-ce que je ne recherche finalement que les endroits qui n’ont pratiquement pas changé depuis mon adolescence : le XXe arrondissement populaire et « ethnique », le quartier Mouffetard et ses commerces de proximité, les rue du quartier des Gobelins aux noms de peintres célèbres, les ateliers d'artistes du XIVe arrondissement, le Jardin des Plantes, le Faubourg Saint-Antoine, la Butte aux Cailles, la Butte Montmartre voire les quartiers pavillonnaires de la banlieue où j’ai grandi ? Ou bien est-ce que Paris est en effet devenue une ville musée qui ne va plus changer sinon en restaurant régulièrement un patrimoine précieux ? Une ville bien protégée des attaques de la spéculation libérale depuis que le quartier de la Défense ou celui de la Porte d’Italie se sont doucement calmés en devenant des abcès de fixation de l’architecture moderne triomphante et que le Centre Pompidou devenu « Patrimoine du XXe siècle » attend patiemment de dialoguer avec la nouvelle canopée des Halles ?

Paris est en effet un musée auquel les touristes accrochent des cadenas pour que personne ne puisse en détacher le souvenir de leur passage et pour que la ville elle-même continue à adhérer intimement à son passé et au leur. Mais nous savons tous que les rambardes de la Passerelle des Arts sont changées régulièrement pour laisser la place à de nouveaux cadenas, sinon elle finirait par s’écrouler dans la Seine sous l’effet d’une surcharge pondérale. Symbole d’une illusion ?




Si on en croît les statistiques sur la fréquentation des musées – et si on en croit ses yeux quand on passe devant la pyramide du Louvre, l’entrée du Musée d’Orsay, celle de l’Orangerie ou du Grand Palais -, ce n’est pas du tout une illusion. 

« Les 14 musées municipaux - parmi lesquels le Musée d'Art Moderne, le musée Carnavalet, le Palais Galliera, le Petit Palais -, désormais réunis au sein de  l'établissement public Paris Musées, ont accueilli l'an dernier 3.037.766  visiteurs, précise un communiqué de la Ville de Paris. Les collections permanentes, gratuites depuis 2002, ont accueilli 1,360 million de visiteurs, un chiffre stable par rapport à l’an dernier. En revanche, le nombre de visiteurs pour les expositions temporaires (1,674 million) a connu une hausse de plus de 65% par rapport à l’année précédente. Un bond qui est dû au succès notamment de l’exposition Keith Haring qui a accueilli environ 300.000 personnes l'été dernier au Musée d'Art Moderne…Le Palais Galliera, consacré à la mode, qui a rouvert fin  septembre après des travaux de rénovation, a aussi connu « un vif succès » grâce aux expositions « Paris haute couture » (hors les murs, à l'Hôtel de Ville, plus de 200.000 visiteurs) et Alaïa. » Voilà en effet des chiffres qui parlent d’eux-mêmes.



Innovations urbaines


Si on quitte le domaine de l’image architecturale – celle des bâtiments emblématiques et iconiques déjà construits ou en projet dans les deux capitales : la « Tour Signal » La Défense de Libeskind  versus « The Shard » de Renzo Piano par exemple – pour regarder du côté de projets urbains destinés à améliorer la vie du plus grand nombre, je pense que les deux capitales font jeu égal. Le contraste dans ce domaine prend plutôt son origine dans la continuité des différences : Londres ayant su garder de grands parcs au cœur de la ville, tandis que Paris sauvegardait de petits coins de verdure - les parcs publics - au centre en rejetant des espaces verts importants à la périphérie (Bois de Vincennes et Bois de Boulogne).



J’apprécie je crois à leur juste valeur les créations de Gilles Clément comme les jardins du Quai Branly ou le Parc André Citroën, tout comme les jardins thématiques du Parc de La Villette et particulièrement les bambous de Chemetov ou encore la coulée verte qui part de l’ancienne Gare de la Bastille. Tous ces exemples constituent de véritables innovations fondées sur un renouveau de la fonction du jardin urbain et sur une relecture réellement biologique, agronomique et botanique des espaces verts et le respect de la vie autonome des végétaux qui constituent les fondements du concept. J’attends avec impatience de voir si la nouvelle municipalité décidera en début de mandat le transformer en coulée verte l’avenue Foch, entre l’Arc de Triomphe et la Porte Dauphine et de là vers le Bois de Boulogne.



Je vois de même apparaître à Londres des projets ambitieux qui cherchent à proposer de nouvelles solutions vertes. C’est le cas du « Garden bridge » de Thomas Heatherwick l’auteur du « chaudron » qui rassemblait toutes les flammes lors de l’inauguration des Jeux Olympiques. L’idée consiste à relier les rives nord et sud de la Tamise par une sorte de jardin suspendu planté d’arbres et laissant libre cours à l’installation des plantes sauvages. "There will be grasses, trees, wild flowers, and plants, unique to London's natural riverside habitat. And there will be blossom in the spring and even a Christmas tree in mid-winter. I believe it will bring to Londoners and visitors alike peace and beauty and magic." Toute aussi innovatrice, la proposition de Norman Foster de transformer les tracés suspendus des chemins de fer urbains en pistes cyclables, est regardée par le monde entier avec un grand intérêt. The proposal…would connect more than six million residents to an elevated network of car-free bicycle paths built above London’s existing railway lines if approved.”


Il semble donc bien que l’on ne soit pas à court d’idées ni d’un côté ni de l’autre de la Manche. Alors comment sortir des faux débats ?

mercredi 1 mai 2013

Tourisme religieux en Europe. I / Marcher sur les nouveaux chemins


Depuis que j’ai participé il y a quasiment une année à la rencontre « Carrefour d’Europe » à Pavia en Italie, j’ai eu l’impression de rester un peu sur ma faim. Les routes religieuses s’y sont bien rencontrées, mais n’étaient au fond invitées que pour parler chiffres et technique. Alors que je m’apprête à participer à la seconde édition de ces carrefours qui aura lieu cette fois à Toulouse, je voulais m’interroger sur le tourisme religieux tel qu’il s’exprime, souvent au-delà des religions elles-mêmes, dans le contexte européen.



Publier


Je suis toujours ravi de recevoir dans ma boîte à lettres une enveloppe en papier contenant une revue imprimée avec de l’encre dont les photographies en couleurs font rêver. Une revue que je peux extraire, feuilleter, laisser sur ma table, reprendre quand je le souhaite, puis classer dans ma bibliothèque où elle restera là pour quelques années à dialoguer avec des romans qu’elle va – à force de cohabitation - découvrir au cours du temps et qui vont, je l’espère, la contaminer et la subvertir. Mystère insondable des bibliothèques où se jouent des drames secrets qui font que les textes changent quand on les reprend plusieurs années après les y avoir déposés. Je sais, j’ai l’air de me contredire ! Je me suis en effet parfaitement habitué à l’immatériel. Je peuple moi-même de manière impénitente et parfois répétitive l’espace numérique et les revues dont je suis un abonné s’y soumettent aussi ! Elles sont, à leur tour, devenues téléchargeables. Je les emporte donc avec moi dans des dossiers virtuels où elles ne voient plus personne, où elles ne savent même pas si elles ont une existence réelle et quel rapport elles entretiennent encore avec ceux qui, un jour, en ont écrit les textes. J’espère qu’elles y rencontrent tout de même des logiciels espions qui cherchent à savoir si elles ne complotent pas à déstabiliser le monde. Si le monde savait ce qu’est réellement le pouvoir de l’écriture et se souvenait du rôle révolutionnaire qu’a eu le premier ouvrage sorti des presses, les logiciels espions seraient encore plus nombreux !

Tout cela pour dire que je remercie sincèrement Gaëlle de la Brosse et ceci doublement : à la fois pour avoir pensé à moi dans ma retraite strasbourgeoise et pour m’avoir redonné l’envie de feuilleter un numéro – hors-série comme on dit – qui parcourt les nouveaux pèlerinages contemporains (Marcher sur les nouveaux chemins. Pèlerin Hors-Série et carte Michelin Les nouveaux itinéraires du sacré. Avril 2013). Je remercie également Luca Bruschi de m’avoir suggéré d’écrire un article qui parle de la spiritualité, celle de la purification du chemin et de la purification de l’eau en remontant ainsi aux origines, quand la source elle-même était un lieu de pèlerinage et de purification. Je vais me préparer ainsi à faire le lien entre plusieurs itinéraires européens. Cet article paraîtra dans le prochain numéro de la Revue Via Francigena qui sera présenté le 8 juin prochain al Colle di Val d’Elsa.La concomitance des deux événements m’a obligé à revenir sur mes pas et de remplir un vide dans lequel m’avaient laissé les présentations de Pavia.



 Arrivée à la Cathédrale de Compostelle

Vingt-cinq années


Vingt-cinq années après ! Vingt-cinq années d’une recherche échevelée de l’effort et du dialogue, d’une célébration inlassable et quotidienne du partage par des millions, que dis-je des dizaines de millions de pèlerins et de marcheurs ? Et puis il faut bien le dire, une réelle déception devant une célébration purement diplomatique de l’itinéraire culturel européen face la cathédrale de Compostelle en octobre dernier. Une célébration un peu fantomatique loin des pèlerins eux-mêmes et des associations qui les aident à s’approprier un effort complexe, à lui conférer de l’élan. Mieux que rien ? 


De quoi donner cependant la nostalgie de la célébration  inaugurale et de celle du vingtième anniversaire où la Place de la cathédrale de Saint Jacques de Compostelle était noire de monde et écoutait les paroles des jeunes : anglais, français, castillan et galicien mêlés, de donner le regret de l’exposition qui a symbolisé à la fois toutes les valeurs rassemblées et tous les chemins dessinés pendant toutes ces années et qui n’a pu malheureusement être transportée ailleurs, regret enfin des rues marquées du nom de tous les itinéraires européens, dans toutes les langues de l’Europe : moments éphémères mais inoubliables. 



Octobre 2007. Les jeunes se préparent à la lecture de la Déclaration

Une émotion difficilement descriptible, faite de toutes ces rencontres à la fois, tant elle montait en puissance chaque jour de ce mois d’octobre-là, au rythme du retour vers les origines sous la bannière de l’Olivier, des Phéniciens euro-méditerranéens ou encore des moines clunisiens.


Les temps ont changé et les objectifs sont devenus autres, plus économiques sans doute, inscrits maintenant dans la nécessité de convaincre les décideurs que l’ordre et la méthode sont devenus prioritaires sur la spontanéité d’un succès démocratique laissant toute leur place aux usagers ! Sommes-nous donc devenus seulement des opérateurs touristes du pèlerinage au point de ne plus célébrer que pour laisser passer des autorités au premier rang, sans se soucier de laisser venir à nous des images, des souvenirs, tout l’imaginaire d’une Europe en mouvement ?



Octobre 2007. Exposition "L'Europe est le Chemin"

L’Hospitalité sur les chemins de pèlerinage fait pourtant partie de la définition même, dès l’origine. «Pendant longtemps elle a été considérée comme un geste charitable qui consistait à recueillir, à loger et nourrir gratuitement les indigents et les voyageurs en particulier les pèlerins. Exercer l’hospitalité c’était donc faire preuve de vertu». Native donc ! Elle est là dans son expression la plus pure, comme valeur chrétienne et comme un moment de l’aménagement de la Route, qui rend la Foi plus sûre, mais aussi plus solide, comme si l’accueil constituait un argument de la Route elle-même et comme si la Route établissait son tracé sur les étapes d’un partage dans lequel la santé morale, physique et intellectuelle qui est donnée ou restaurée s’échange contre une culture étrangère, mais dont les fondements profonds existent dans une transcendance vécue en commun.


Et la démarche qui a fait en sorte que ce même chemin de Foi et de Spiritualité soit aujourd’hui, en affirmant une laïcité, au-delà de la transcendance, un Chemin de dialogue européen, une sorte de laboratoire de (re)construction européenne à ciel ouvert, n’est pas seulement un signe tangible de modernité, mais une affirmation que prendre le Chemin, c’est abandonner des préjugés et être prêt à être « mesuré » par l’autre à l’aune de l’accueil.

Nouveaux Chemins ?


Lorsqu’on lit ce hors-série du Pèlerin on peut dire en effet que les temps ont changé et le voir, page après page par la variété des propositions. Et on se rassure très vite sur la permanence des valeurs, en lisant des témoignages de ceux qui marchent. Que ces marcheurs soient Immortels, garants de la langue ou de l’esprit européen ou qu’ils découvrent la fin d’un égoïsme et le début du dialogue en posant simplement un pas devant l’autre. Pour les suivre depuis vingt-cinq ans, je suis bien en effet persuadé qu’ils ont changé, mais dans le meilleur sens du terme, en gardant la flamme de l’esprit du voyage et en traçant peu à peu une totalité du pèlerinage historique dans la diachronie où les voies se succèdent, se croisent et se confondent.


Le portfolio qui ouvre le numéro est superbe. Il donne envie de prendre le sac et de découvrir l’Europe au plus vite. La célébrer dans l’effort des pentes et le soulagement des sommets. Prendre l’Europe à pleins poumons quand parfois son odeur politique nous empêche de respirer. Un moment parfait quand vient la semaine où l’on se souvient des grandes dates des Traités qui ont écrit l’Europe, de Londres à Rome.



Saint Martin sur la Loire, en revenant vers Tours

Et le choix aujourd’hui ne manque pas, en effet. Saint Michel dans la succession des sanctuaires perchés où la Jérusalem céleste dépasse le simple symbole, Saint Martin de Tours reliant les lieux de vie d’un soldat converti, évangélisateur et exemplaire d’un premier monachisme ouvert sur le monde, le Tro Breiz si cher à Gaëlle et qui invite à vénérer « Les Sept Saints Fondateurs de la Bretagne », Saint Gilles du Gard, jouxtant un chemin pédestre vers Saint Jacques, aboutissement de la Régordane et  regard jeté vers l’autre côté de la mer, vers la Terre Sainte et enfin Assise depuis Vézelay à l’extrême du symbole d’une Route de la Paix, d’une Via della Pace. On y croise aussi la Via Francigena, tracé symbolique de toutes les Routes vers Rome et on apprend à y reconnaître des marcheurs redescendus de Norvège, échappés des sentiers qui rejoignent un autre Finisterre dans le fjord de Trondheim - Nidaros.



Sur la Via Francigena


Phénomène mondial par la diversité des origines de ceux qui marchent. Phénomène européen par le réseau qui s’est mis à irriguer, grâce à de nombreux petits cours d’eau, des fleuves qui se sont affirmés dans un lit bien balisé vers Compostelle ou Rome, Nidaros ou Le Mont Saint Michel. Des milliers de marcheurs qui convergent, se côtoient, se choquent et parfois se gênent tant ils sont nombreux, mais qui se souviennent séparément de leur port d’attache tout en regardant tous ensemble le même but.  

En ce sens, l’esprit de ceux qui sont repartis après la Seconde Guerre Mondiale pour ressentir le soulagement de l’effet physique de traverser une frontière, est toujours là, même si leur frontière d’aujourd’hui est plus personnelle et moins politique. Les camps de prisonniers et les goulags européens se sont quasiment tous ouverts. Restent les barrières sociales, mais les chemins ont aussi permis de les estomper, le temps de la marche, dans le partage de la fatigue en ouvrant la voie à une meilleure compréhension. Un partage de la crise, aussi, dans une certaine mesure. Une prise en compte commune de la peur, même si elle a changé de visage.

« La vertu de l’ascension » comme l’écrit Jean-Christophe Rufin (Immortelle randonnée. Compostelle malgré moi. Editions Guérin. Avril 2013).dans un élan mystique auquel je préfère personnellement donner le nom de spiritualité. En caractérisant sa propre progression dans la longue marche sans rupture, sinon parfois la cassure du corps, il évoque aussi un pèlerinage bouddhiste, comme s'il avait peu à peu discipliné son corps et senti un souffle venu d’un ailleurs souhaité, depuis un monde qu’un président français nommait celui des forces obscures. Chacun continue en effet à trouver sa foi, étape par étape, aujourd’hui comme aux lendemains du grand drame. Chacun entretient à sa manière une conviction tremblante faite de morceaux de vie et d’espérances mélangées. L’immortelle randonnée nous renvoie aux origines. Quand prendrions-nous sinon le temps de faire cette recherche intérieure, autrement que dans la solitude d’une multitude en marche ? Quels autres itinéraires nous ramènent ainsi aux origines et à une sorte de confiance aveugle qu’il y a eu une histoire et qu’elle n’est pas terminée ?

Hospitalité

J’ai envie de redire (L’Hospitalité, fondement d’une culture européenne : le Pont de l’Europe. Arles, 1er Congrès Européen de l’Union Jacquaire 1er mars 2008) qu’il s’agit en quelque sorte d’un grand saut dans l’inconnu d’une vision européenne commune, mais dont on doit avec humilité, accepter les différences locales, à l’épreuve des identités ouvertes. Je ne peux donc que me féliciter du fait qu'en vingt-cinq années se sont ajoutées d’autres voies de pèlerinage vers d’autres sanctuaires, certains plus anciens, certains plus récents, d’autres parallèles, complémentaires ou alternatifs, ou qu'on cherche de nouveau à explorer les grandes voies du monachisme, de l’Ouest, comme de l’Est. Cette diversité conforte la démarche européenne en dressant une carte certes complexe, mais vivante et mouvante, d’une Europe en marche, trouvant à la fin la victoire de l’Hospitalité contre l’Hostilité et redécouvrant l’aménagement du territoire, comme une intelligence du paysage pour celui qui en devient un hôte.



La Route de l'Olivier à Compostelle

Si on retourne à l’anthropologie de l’Hospitalité, il est important de suivre quelques bons guides. Par exemple, le terme est ainsi relu par les quatre-vingt-dix auteurs réunis par Alain Montandon  dans l’ouvrage « Le livre de l’hospitalité. Accueil de l’étranger » publié aux Editions Bayard en 2004. Les réflexions de Michel Serres, de Paul Ricoeur, de Michel Foucault, de Marcel Mauss y côtoient celles sur deux auteurs liés par l’espoir : Emmanuel Lévinas et surtout Jacques Derrida, qui sont au cœur de l’anthropologie d’une valeur qui se rattache à d’antiques lois religieuses et à une éthique du comportement. 

L’universalité ou encore le caractère infini de l’Hospitalité que Lévinas professe, constitue l’exact contraire du racisme et souligne l’infini des massacres qui ont tenté d’effacer, de rayer plusieurs types d’Autres inacceptables ou « inaccueillables », si on peut tenter ce néologisme: entre autres le Juif, le Tsigane, l’Homosexuel, le Communiste en régime fasciste et son double, le Dissident en régime communiste...  «Ami, nous ne savons comment vous appeler; serait-il indiscret de vous demander votre nom ? - Ma foi, je nourris moi-même quelque doute à ce sujet. Mettons que vous m’appellerez « Guest » ou Hôte » écrit William Morris dans « Nouvelles de nulle part » en 1891.

« Parvenu au terme du voyage, je me suis dit que je n’étais pas arrivé ; j’ai compris que le but n’était pas matériel. » dit encore Jean-Christophe Rufin. Beaucoup le disent avec lui. Voilà sans doute ce que signifie, au plus profond, ce nouveau tourisme que l’on dit "culturel et religieux".

samedi 6 octobre 2012

Saisonnalité touristique : le jour d’avant et le jour d’après

Inutile d’insister sur le fait que l’un des cercles dans lesquels le tourisme est enfermé reste celui de la haute saison. Même si la situation évolue lentement en raison de l’augmentation du pourcentage des populations européennes qui peuvent choisir du fait de la retraite active la période la plus agréable pour partir en vacances, l’été et le plein hiver restent des musts. Un nouveau cercle, vertueux celui-là devrait être créé. Il est souhaité par toutes les instances mondiales qui traitent du tourisme, mais peine visiblement à voir le jour. Comme l’indiquait clairement Zelijko Trezner, représentant la plus importante association des professionnels « The European Travel Agent’s and Tour Operators Associations » ECTAA lors de la première session de la Journée Européenne du Tourisme : « …la profitabilité commence quand on peut augmenter la saison d’une journée avant et d’une journée après. »


Itinéraire de Saint Martin en bord de Loire (Photo CCE Saint Martin de Tours)
Cette constatation a été en quelque sorte déclinée tour à tour, comme une variation mélodique, par le représentant du thermalisme médical, celui de la Fédération Europarc, la Présidente du Réseau NECSTOUR, ou encore les responsables de projets qui ont reçu un appui de la Commission européenne dans le cadre du programme CALYPSO (Projet EST European Senior Travel et projet FETE First European Travel Experience). Une expérience de terrain a été également bien illustrée, celle des Highlands d’Ecosse.
On peut trouver tous les powerpoints de ces interventions sur le site de la Commission européenne.

Saisonnalité : des évidences oubliées ?

Ceci dit, un certain nombre de constats ont été dressés depuis déjà de nombreuses années et sont devenus des évidences.  Celles-ci sont pratiquement toutes liées à un retour à certaines initiatives alternatives nées à la fin des années soixante, lors du premier refus des politiques globales par les baby-boomers. Elles prenaient en partie leur source dans l’esprit de découverte par le voyage qui existait dans les classes aristocratiques à la naissance du tourisme et qui ont été trop longtemps mimées ou caricaturées par la standardisation des offres de visite des lieux emblématiques du Grand Tour ou de la transformation des grands sites en icônes universelles.

Pour reprendre une remarque de Rachid Amirou : « Démocratie et démocratisation culturelles ne vont pas de pair, leurs relations sont bien plus complexes et subtiles. » Ce qui veut dire que parallèlement à « une implosion de la notion de culture », pour reprendre une expression du même auteur, on a assisté à une implosion de la notion même de tourisme et que l’on commence seulement à tenter de rassembler de manière sensible et intelligente les éléments disloqués lors de cette implosion, segments qui ont été trop longtemps vendus séparément, grâce à un marketing agressif, comme s’il s’agissait d’un tout, prêt-à-consommer hors de leur contexte. Cela se nommait : le centre-ville séparé de son territoire, le monument séparé de son époque historique et la route parcourue sans la connaissance du paysage. 

Les jeunes du Centre de Culture Européenne sur les Chdemins de Saint Jacques

Je ne citerai que quelques-unes de ces évidences qui ont été présentées souvent naïvement, un peu comme des découvertes de dernière heure, par des opérateurs qui ont été certainement habitués trop longtemps à l’évidence d’un marché touristique dont ils pensaient qu’il allait croître indéfiniment dans un monde où l’énergie semblait inépuisable, où le temps des loisirs semblait indéfiniment extensible et où la richesse individuelle devait atteindre toutes les catégories de populations et surtout, depuis 1989, dans un monde réconcilié qui connaissait enfin la fin de l’histoire et des totalitarismes.
Malheureusement c’est plutôt le chômage et la pauvreté qui constituent depuis plus de trois ans un fait de société dominant. La « société des loisirs » est devenue aujourd’hui une « société de la crise » où l’activité économique doit être inventée sur de nouvelles bases. De ce fait, l’offre touristique doit évoluer et s’adapter constamment en raison d’une demande qui change lentement mais inéluctablement de nature en revisitant le passé avec l’aide de nouveaux outils de découverte utilisant les nouvelles technologies. Les prises de conscience communautaires de différents types : la création de nouvelles solidarités, la nécessité du partage des valeurs fondamentales, des connaissances et des ressources, la prise de conscience de la nature anthropologique de l’hospitalité, la conscience écologique diffuse mise en pratique à l’échelle locale, pour n’en citer que quelques-unes aboutissent lentement mais sûrement à de nouveaux paradigmes économiques dont les responsables des activités touristiques ne prennent que trop lentement conscience.
Nouvelles solidarités. Campagne Toscani pour Benetton

Ai-je besoin de redire enfin que le programme des itinéraires culturels du Conseil de l’Europe dont il n’a été question que de manière marginale cette année au travers du seul exemple de la logique durable développée par le programme Odyssea, offre depuis l’origine, c’est-à-dire depuis le milieu des années quatre-vingt,  des modèles alternatifs adaptés à toutes les grandes interrogations géopolitiques et anthropologiques des trente dernières années. Sur cette utopie réaliste se sont greffées de nombreuses initiatives qui répondent de manière diversifiée, créative, adaptative et dynamique aux intentions des créateurs de ce programme. Pour beaucoup d’entre elles, elles répondent même très directement à la question de la trop forte saisonnalité du voyage et auraient certainement dû être invitées à présenter leurs démarches. Car la réponse n’est pas seulement - et de loin – purement touristique. Elle est éthique et doit mettre en œuvre « une nouvelle conception de la rencontre et de l’itinérance tout au long de la vie », un peu comme on parle d’une « formation tout au long de la vie ». 

Exposition du XXe anniversaire des Itinéraires culturels. Saint-Jacques de Compostelle
Dans ce cadre évolutif, je suis de plus en plus persuadé que le secteur touristique n’échappe encore en partie à la « crise » que du fait des situations économiques et sociales très différentes selon les continents. Les pays dits émergents, dont certains constituent des réservoirs extraordinaires de « touristes de masse » potentiels, ne sont entrés que depuis très peu de temps dans la phase des loisirs organisés et standardisés que nous avons connue en Europe et aux Etats-Unis il y a quarante ans. Cette aspiration légitime au « voyage dépaysant » vers l’Europe, des Chinois, des Indiens, des Brésiliens, en particulier, va donc servir de tampon pendant encore une petite dizaine d’années pour que les grands opérateurs survivent en consolidant des pratiques de concentration du capital, des moyens et des services qu’ils ont mises au point et éprouvées pendant des dizaines d’années. Les nouvelles pratiques du « low cost » adoptées par les jeunes, puis progressivement par toutes les générations et même les secteurs d’activité les plus divers qui devaient réduire leurs dépenses et serrer leurs marges, constitue également un autre tampon qui a dans un premier temps aidé la démocratisation du voyage, avant d’apporter une marge profitable aux compagnies traditionnelles qui s’en sont emparées. Elles sont donc elles-mêmes également en train de trouver leurs limites.

Mireille Perano, Réseau NECSTOUR
La pratique des réservations directes, des voyages à la carte, des informations par le « bouche à oreille » circulant sur les réseaux sociaux font toutes inéluctablement chuter l’activité des intermédiaires tels les agents de voyages réfugiés dans le sur mesure haut de gamme. Par contamination, elles vont atteindre tous les grands empires qui se sont construits dans ce que l’on nomme encore l’industrie touristique. Alors ?

Saisonnalité : répondre à la demande des tribus

Prenons l’exemple tout à fait éclairant des opérateurs touristiques. La Fédération ECTAA que je citais au début de cet article compte aujourd’hui 31 associations affiliées dans 29 pays européens qui représentent 77.000 entreprises et 300 milliards d’euros de chiffre d’affaires. Impressionnant ! Mais quelle est la réponse de ce secteur professionnel clef à la question posée de la saisonnalité ? Je paraphrase : « Nous sommes les meilleurs garants du contrôle de la demande du consommateur, nous pouvons l’orienter et agir pour diversifier les clientèles car nous ne sommes pas seulement des intermédiaires dans une filière professionnelle comme il en existe dans d’autres secteurs industriels, mais nous sommes des interfaces entre les fournisseurs et les différents segments du marché. Autrement dit nous pouvons agir directement sur cette demande en atteignant directement ceux qui cherchent les prix les plus étudiés, comme en localisant les clientèles les plus pointues et les plus exigeantes qui cherchent l’inconnu, le peu connu ou l’exclusivité. »


Zelijko Trezner. ECTAA
Le délégué de cette fédération avoue cependant avec peut-être un peu de naïveté : « Quand on est un intermédiaire, il y a toujours quelqu’un qui cherche à vous éliminer, il faut donc trouver des partenariats. » Il n’a malheureusement pas détaillé la répartition des chiffres d’affaires entre les grands groupes et les franchisés d’un côté et les petits opérateurs spécialisés de l’autre, car c’est sur ce point que l’on aurait pu discerner si un véritable basculement vers la specialisation est en train de se produire.  

Je vais prendre le temps de détailler dans un article à venir les autres interventions qui traitaient pour leur secteur de la même question, mais au moins trois d’entre-elles m’ont amené à mettre d’abord l’analyse de la saisonnalité du tourisme en perspective. Elles concernent le nouveau public touristique des villes thermales sur lequel je travaille aujourd’hui avec un réseau européen ouvert sur le patrimoine et la culture EHTTA, mais aussi les initiatives qui concernent les publics qui voyagent pour la première fois et enfin les amateurs de grands espaces naturels.
Dans les années soixante et soixante-dix, j’avais l’habitude de faire chaque année un certain nombre de voyages avec des monomaniaques : les amateurs de jardins alpins français et les membres de l’Alpine Garden Society anglaise, les naturalistes parisiens, les membres de la Société Botanique de France ou de la Royal Horticulture Society. C’est vers ce type de public là et ceux qui leur ressemblent en raison de leur intérêt exclusif pour… la céramique, les affiches, les champs de bataille ou les livres rares, que d’une certaine manière la Fédération des opérateurs va conseiller aux professionnels de se tourner. Ils représentent en effet un pourcentage très important de professionnels et d’amateurs, parmi lesquels des jeunes et des retraités qui voyagent lors des premières étapes de la floraison dans les Jardins et les Parcs, mais aussi dans les grands espace naturels au moment de la fonte des neiges, ou dans le moment des floraisons d’automne, quand les oiseaux ou les poissons migrent et quand les insectes muent. Ou bien encore qui se déplacent pour les fêtes votives, les salons du livre, les rassemblement des « Tall Ships » oo les reconstitutions historiques. Ils ont un comportement écologique, une démarche durable, une volonté de protéger les espaces qu’ils explorent ou dont ils reproduisent souvent les caractéristiques en miniature à portée de chez eux et s’associent à la conservation du patrimoine immatériel. De plus, ils se déplacent en groupe et cherchent une aide pour l’organisation de leur voyage. Ce sont, en toutes circonstances de vrais voyageurs « désaisonnalisés ».

Berneix, Haute Savoie, France
J’ai eu également l’occasion, dans les mêmes années, en raison de mes activités touchant à la création textile de me lier d’amitié avec un certain nombre de néo artisans qui accueillaient des stagiaires dans des espaces souvent éloignés des lieux traditionnels de vacances, ce que l’on nomme les arrières pays. L’accueil à la ferme à une époque où les activités agricoles de petites entreprises familiales étaient encore notables, faisait partie de l’offre alternative, ainsi que celles offerte par des citadins "retournés à la campagne" qui cherchaient à relancer une activité agricole en grande partie rêvée.  Elle existe toujours dans les agritourismes, même si l’offre est aujourd’hui différente et résulte aussi d’exploitants plus traditionnels, voire adeptes de l’agriculture intensive, qui n’arrivent plus à équilibrer leurs revenus et leurs charges et ont besoin d’un revenu touristique, à l’égal des pêcheurs côtiers qui emmènent des touristes avec eux et les font participer au travail.

Les experts du tourisme culturel tel Greg Richards pointent de nouveau du doigt ces pratiques qu’ils découvrent avec quarante années de retard, en expliquant qu’elles constituent une mutation vers un tourisme des sens, sinon « sensuel », un tourisme actif et participatif. Je cite : « We also need our grounding in tourism as an everyday experience in order to be able to appreciate the differences by the host culture. This applies to all aspects of the culture, not just the commanding heights. As J.B. Priestly remarked: “A good holiday is one spent among people whose notions of time are vaguer than yours” – in other words it is the practice of everyday life that makes a culture different and attractive to many cultural tourists, not just specific attractions

Saisonnalité: la révolution de l’espace-temps

Bien évidemment, la phrase clef du texte de Greg Richards concerne la notion du temps, ou pour mieux dire l’utilisation du temps dans un contexte qui devient « exotique » durant les vacances car il ne correspond pas au temps des villes d’où proviennent les touristes, mais à un temps qui se rapproche de celui de la société traditionnelle. Le temps du pêcheur, de l’agriculteur, de l’artisan, du retraité n’ont rien à voir avec celui du salarié citadin actif et on peut s’étonner que l’ensemble des communications de la Journée Européenne du Tourisme n’aient pas été précédées d’un tableau général de l’évolution sociologique du « capital temps libre » dans le monde occidental, tableau en face duquel des solutions pourraient alors être répertoriées et posées en cherchant à accompagner une évolution vers la durabilité et le partage.

Un exemple particulièrement frappant est celui qui concerne en France le traitement de la question des rythmes scolaires qui doivent toucher bien évidemment d’abord les enfants en leur évitant la surcharge de travail, mais qui tient compte le plus souvent avant toute chose de la réaction des parents. Un récent article, paru dans le Quotidien du tourisme sur la proposition de « zonage » des vacances d’été, souligne une réaction à la fois massive et contradictoire : « Selon un sondage réalisé par Lastminute.com, 74% des Français ne sont pas favorables au zonage des vacances d’été. Les raisons de ce désaccord sont multiples. Tout d’abord, les Français interrogés n’ont pas envie de se voir imposer leur période de vacances en raison de cette mesure instaurée par le gouvernement. En effet, 46% souhaitent choisir leurs dates de vacances et partir quand bon leur semble. D’autre part, 52% des répondants ne peuvent pas choisir leurs dates de vacances car elles leur sont imposées par leur employeur. » Autrement dit les Français veulent choisir, mais leur choix reste conditionné par la « valeur travail ». Ne parlons même pas des chômeurs. Une telle contradiction souligne bien qu’une mutation est en route dans une société où le temps est à la fois alterné et individualisé, mais réinscrit en permanence dans le temps mondial et universel et que cependant les logiques du temps posté prédominent encore. C’est je pense cet ensemble de contradictions qui doivent être prises en compte par les responsables des politiques touristiques qui travaillent sur cet espace privilégié du voyage et des vacances que constitue depuis des centaines d’années, le territoire euro-méditerranéen.
Ce n’est pas du pédantisme que de rappeler des évidences sociologiques sur la « création », la « construction » et l’évolution des territoires de vacances et de la manière de les atteindre. Jean Viard écrit : « Le tourisme est un mode de production territorial nourri par la mobilité, donc la comparaison. Il bouleverse les usages sédentaires des territoires par ce fait même, en imposant progressivement son propre marquage comparatif et inscrivant chaque lieu dans ce qu’on peut appeler « une culture du paysage ». Et plus loin, après avoir décrit le passage du tourisme religieux, au tourisme aristocratique, puis au tourisme de « station », il ajoute: «…le train accentua ces processus, organisant les migrations rituelles saisonnières d’une partie des élites entre les stations d’hivernage, la saison des spectacles en ville, les stations où on allait prendre les eaux et les propriété agraires où l’on séjournait en période de récoltes et de chasse. Cette logique de cour sans monarque à l’échelle européenne fonda les hauts lieux du tourisme. » 
Au temps du thermalisme mondain
C’est cette logique en effet, étendue démocratiquement à des populations de plus en plus nombreuses, qui a créé les vacances migratoires des occidentaux vers quelques lieux correspondant à des typologies précises, dans un espace de temps concentré obtenu non sans difficultés par les conquêtes sociales. En décalque des périodes historiques précédentes on retrouve sur le continent européen (je n’évoque pas ici le tourisme exotique) : les stations balnéaires et thermales, les festivals, les grands rassemblements rock et pop et les compétitions sportives, les vacances de neige et le séjour à la campagne. Toutes ces catégories ayant été transcendées par le tourisme culturel et itinérant tel qu’il s’est peu à peu redéfini au sein d’un espace transfrontalier européen et euroméditerranéen. Dans ce cadre-là, la définition de la culture, au-delà de la culture légitime décrétée par une élite, se diversifie et peut être aussi bien une approche culturelle scientifique, que technique ou artistique. La pratique culturelle fondée sur un éventail totalement ouvert permet pendant les vacances une appropriation individuelle faite de coups de cœur et d’épanouissement des passions personnelles.


Musée Guggenheim Bilbao, Espagne.
Une fois ces bases posées, il reste encore à prendre en compte la révolution de la notion d’espace-temps qui nous est imposée par les nouvelles formes de circulation de l’information et qui est en effet en train de favoriser l’effet de tribus non seulement en matière de cercles d’intérêt, mais encore plus en matière de jugements collectifs. Les pèlerins modernes qui marchent vers Saint-Jacques de Compostelle ou Rome ne sont plus seulement des migrants partageant une démarche commune dont ils font le récit et le bilan une fois par an avec leurs semblables, quand ils sont revenus, mais des itinérants géo-positionnés qui communiquent en temps réel avec le reste des membres de leurs tribus. Et d’une certaine manière, à leur image, tous les migrants saisonniers qui se sédentarisent pour quelques jours ou quelques semaines vivent grâce à l’internet et le téléphone portable à la fois dans le lieu et le temps de leurs vacances, sans couper pour autant les liens avec le lieu d’où ils viennent et donc avec le temps citadin de leur famille étendue et de leurs amis, tout en partageant les espaces et le temps des vacances des autres membres de leurs tribus. Des démarches commerciales comme celle de « trip advisor » ont parfaitement compris cette spatialité multiple et savent en jouer pour le pire plutôt que pour le meilleur.

Cela se nomme pour une bonne part de la schizophrénie temporelle et spatiale, mais c’est en y regardant de plus près et en examinant donc les signes du changement profond du sentiment de l’espace et du temps - et seulement ainsi - que les professionnels pourront comprendre comment ils pourraient s’y adapter et définir de ce fait de nouveaux métiers.

Spa, du tourisme élitaire aux Francofolies

Autrement dit, pour reprendre l’exemple des itinéraires culturels qui constituent la plus grande avancée en matière de « voyages pour la connaissance », réconciliant temps historique et temps virtuel, espace rêvé et espace concret, ce ne sont pas ces itinéraires qui doivent s’adapter à l’industrie du tourisme, mais l’industrie du tourisme qui doit créer les nouveaux métiers et les nouveaux savoir-faire qui leur sont nécessaires pour qu’ils continuent à nous aider à comprendre où nous nous situons dans une continuité socio-historique continentale.
Le pré carré européen peut redevenir un espace narratif absolument incomparable, reliant sens de la responsabilité, sens du collectif, besoin d’identité tribale et compréhension de l’espace-temps. Mais en tant qu’espace touristique, les professionnels le voient encore selon le diagnostic qu’en donne Jean Viard. « Le cœur de l’Europe touristique occupe ainsi une zone plus ou moins dense de 1.000 kilomètres au sud de la « banane bleue », soit l’axe Londres-Milan déporté de Bilbao à la Costa Brava, la France quasi entière, le Nord italien, le littoral adriatique, demain la Mer Noire. »

Durant deux années, la Journée Européenne du tourisme avait donné le sentiment d’avoir pris en compte les démarches nouvelles du tourisme culturel transfrontalier, il faut espérer que les croisements de l’Europe sont encore d’actualité à Bruxelles.

Amirou R. (2000). Imaginaire du tourisme culturel. Presses Universitaires de France.
Buhalis D., Laws. E (2001). Tourism Distribution Channels: Practices, issues and transformations. London: Thompson Learning. (Professor Buhalis website: http://www.buhalis.com/ )
Richards G. and Raymond C. (2000). Creative tourism, ATLAS news, N°23, 16-20.
Richards G. and Wilson J. (2007). Tourism, creativity and development, Routledge, London.

Viard J. (2011). Eloge de la mobilité. Essai sur le capital temps libre et la valeur travail. L’aube.


mardi 2 octobre 2012

Le tourisme européen au milieu du gué


Durant deux années la Journée Européenne du Tourisme a pris pour sujet et objet le patrimoine et même cet objet patrimonial complexe que sont les itinéraires culturels, afin de se « décaler » des présentations traditionnelles habituelles où les lobbys disposent annuellement d’une tribune pour réaffirmer l’importance économique de tel ou tel secteur professionnel. Le pari était de taille puisqu’il ne s’agissait plus seulement de constater, mais de prévoir et de ce fait même d’aider ceux qui avaient pris le tournant du tourisme transfrontalier, sans attendre l’application pratique du Traité de Lisbonne. J’ai déjà expliqué en détails cette évolution et la manière dont après plus de dix années d’attente, sous l’impulsion du Vice-Président de la Commission européenne Antonio Tajani, le scénario du tourisme européen avait changé soudain de décors en tenant compte de nouveaux acteurs.

 

Trapani, Sicile. Route du sel.


La présentation de 2012 est en quelque sorte revenue sur des rails plus traditionnels en cherchant à s’équilibrer sur deux jambes : le thème de la lutte contre la saisonnalité persistante du tourisme précédant, le matin, celui du tourisme côtier, largement déployé l’après-midi dans le dynamisme d’une table-ronde. L’importance prise récemment au sein de la Commission européenne par la nécessité de diversifier les activités maritimes, tout en les protégeant des excès en tous genres (surpêche, constructions envahissantes, concentrations touristiques sauvages, ignorance de l’arrière-pays, concentration du capital dans des mains étrangères…) atteignant l’intégrité des patrimoines culturels et paysagers et même la qualité des eaux marines ce qui est le comble, répond comme dans d’autres secteurs économiques à un souci de ne pas tuer définitivement la poule aux œufs d’or.

Maria Damanaki. Commissaire  en charge des Affaires maritimes et de la pêche


Mais comme dans d’autres secteurs, l’action intervient cinq minutes avant la mort et prend une allure de sauvetage d'un moribond. La Commissaire Maria Damanaki et la Direction Générale qui ont la charge de ce secteur (Affaires Maritimes et pêche) sont placées aujourd’hui par le Parlement européen et ses pressions légitimes devant plusieurs défis de taille qui dépassent de loin les capacités de l’Union européenne, puisque l’on a affaire à un phénomène mondial dont la responsabilité incombe à tous les pays signataires des grands traités et des résolutions sur la protection de l’environnement.

Mais tout en s’appuyant sur les contradictions des pays membres et leur affirmation constante des règles de la subsidiarité (seul le Ministre du Tourisme de Malte était présent) deux Commissaires et deux Directions générales pouvaient au moins se retrouver sur un objectif commun : faire que les mers qui baignent l’Europe et que nous partageons avec d’autres continents répondent aux mêmes critères de qualité d’accueil que d’autres destinations touristiques qui ont su renouveler non seulement leur offre, mais aussi l’approche de la visite touristique elle-même.

Mario De Marco, Ministre du tourisme, de l'environnement et de la Culture de Malte

En ce sens, la Méditerranée – jusqu’à la Mer Noire, cette mer civilisatrice de trois continents, première destination nautique du monde, constitue un cas d’école où la géopolitique rejoint et même conditionne la politique des loisirs, tandis que la Mer Baltique, du fait de la réunification de l’Europe, constitue un autre champ d’exercice où les coopérations retrouvées entre les pays qui la bordent ont déjà donné lieu à des expérimentations tout à fait intéressantes. Personne n’a d’ailleurs évoqué le cas de la Mer de Barents et celui de la zone Arctique qui sont déjà pourtant placées au cœur de combats géostratégiques essentiels et où le tourisme se développera, de manière inéluctable, ne serait-ce que par une évolution climatique mondiale qui redistribuera en partie les cartes dans les cinquante années à venir et sera certainement déjà mesurable en 2020 quand l’Union européenne fera un point d’ordre sur les résultats de sa politique de croissance.

Dans tous les cas, qu’il s’agisse d’étendre les saisons du tourisme et donc de mieux répartir la fréquentation des visiteurs ou de se prévoir une politique proactive pour un développement côtier harmonieux et maîtrisé, il s’agit de diminuer les effets agressifs de la consommation de masse et donc par voie de conséquence du tourisme de masse en tenant compte des évolutions sociologiques où la pyramide des âges a singulièrement évolué depuis soixante ans et où la conception des vacances a largement évolué de l’attente passive de l’offre à la réponse active de touristes redevenus des voyageurs.

Marché aux poissons. Venise, Italie.


Avant de présenter les exemples qui ont été choisis par les responsables de la Commission européenne pour illustrer des cas de bonnes pratiques concernant les deux thèmes, je voudrais terminer cette présentation générale par une remarque sur l’évolution du cadre de la politique touristique lancée avec beaucoup de courage et de détermination en 2010. Il ne reste que deux années pour finir d’en installer les instruments avant le changement de Commission et les élections européennes, même si le combat pour l’augmentation significative du budget tourisme après 2014 semble gagné, ce qui devrait permettre d’enraciner réellement certaines actions.

Et parmi ces instruments viennent en premier la création d’un observatoire sur le tourisme à l’échelle européenne et la mise en place d’un label de qualité qui puissent permettre de disposer des outils de gouvernance d’une marque « Europe » pour ne pas reprendre le terme anglais du « branding » dont on peut se demander s’il peut vraiment caractériser une politique de renommée à l’échelle d’un continent aussi diversifié et mouvant.

Sans ces instruments, mis au service du renforcement du succès d’une destination, l’Europe essentiellement perçue comme « culturelle » par ses visiteurs mondiaux, les premiers efforts du plan qui sont des réussites encore fragiles pourraient être mis en danger. Ce plan qui affirmait – enfin – le caractère patrimonial et identitaire du tourisme européen et qui a créé les occasions de rapprocher les acteurs qui en sont les plus convaincus (Coopération en matière d’itinéraires culturels labellisés par le Conseil de l’Europe, « Crossroads of Europe », aide aux régions constituées en réseaux, label EDEN…) s’affronte, comme le soulignait justement Antonio Tajani à l’ouverture de cette journée, à la troisième révolution industrielle, celle de la communication et des industries de la connaissance.

Ouverture de la JET. Antonio Tajani et Pedro Ortun (écran)
Parler comme l’a fait le Commissaire de « voyages pour la croissance » en évoquant la politique volontariste des « 50.000 touristes » concernant les pays émetteurs d’Amérique latine et en souhaitant une évolution significative de la délivrance des visas touristiques pour faciliter les visites, est certes d’actualité, si on en croit les statistiques qui marquent la résistance de ce secteur d’activité en Europe par rapport aux industries lourdes.

Mais il faudrait aussi pouvoir mesurer dans le cadre de l’observatoire l’impact de « voyages pour la connaissance » comme le sont les démarches des itinéraires culturels qui, fort heureusement ne sont pas solubles dans l’ingénierie touristique traditionnelle.
A mon sens, l’un ne va pas sans l’autre car le phénomène touristique est loin d’avoir fini de muter.